Ascension du volcan Acatenengo

Après une bonne nuit de sommeil à presque 3 500m (au moins 30 minutes), nos cuisses molles et engourdies reprennent du service ! Dès les premiers mètres je sais que la montée va être la plus dure de toutes, j’ai le souffle court et des maux de têtes, les jambes raides et courbaturées, pour couronner le tout ma frontale rend l’âme au bout de quelques minutes. Je dois faire des pauses presque toutes les 5 minutes, et au bout d’une pénible demi-heure le chemin se fait plus plat sur quelques centaines de mètres, avant de remonter de nouveau, et quelle remontée !
Arrivés sur le flan, en bas de la dernière ligne droite, le vent se lève et nous retrouvons non sans peine cette terre volcanique molle et dans laquelle on s’enfonce à chaque pas : ces quelques dernières centaines de mètres s’annoncent longues, très longues. Déjà derrière nous le soleil projette ses premières lumières au loin, je profite de ce spectacle pour reprendre un peu d’énergie ; après vingt minutes nous sommes presque au sommet, je suis à bout de force et dois terminer l’ascension à quatre pattes : le vent est si violent que je ne peux plus lui faire face. 

Enfin, nous voilà arrivés à quelques 3 976 mètres, il doit faire entre -2°C et -4°C, mais le ressenti avec cet incroyable vent avoisine plutôt les -20°C ! Nous ne sommes pas seuls sur le volcan à être venus admirer ce splendide spectacle. On s’enlace, se donne de grandes tapes sur les omoplates, quelle joie, quelle satisfaction d’y être arrivé ! Je m’avance un peu sur la crête pour aller toucher la borne sommitale mais ne m’y éternise pas : mes doigts sont frigorifiés, je ne les sens plus, je les laisse d’ailleurs appuyés sur le déclencheur de l’appareil photo pendant quelques secondes pour être certain d’avoir quelques clichés (le bruit du vent masquait largement le bruit du déclencheur de l’appareil).

Je redescends quelques secondes dans le creux où le vent y est beaucoup moins important pour me réchauffer avant de retourner sur la crête pour cette fois prendre les clichés qui vont rester parmi mes plus beaux souvenirs. À peine avais-je passé la borne que le Fuego, en contre bas, entrait en éruption. Le soleil apparaissait seulement au loin, je m’avançais au plus près du bord pour me glisser entre deux énormes rochers m’abritant un peu.

Je m’y assis, et, exténué, fondais en larme devant le spectacle. Je pleurais car jamais de ma vie je n’avais vu quelque chose d’aussi beau, d’aussi puissant, je pleurais de joie, de satisfaction. Il n’y a peut-être tout simplement pas de mot pour décrire cette scène, elle restera comme un des moments les plus intenses de ma vie, jamais je n’avais ressenti autant de chose à la fois. J’étais à bout de force, de vifs maux de tête me comprimaient les tempes, j’étais gelé de la tête aux pieds, mon vendre vide nouait mes tripes, l’effort avait tendu mes nerfs. Mais à côté de ça, j’observais une force de la nature sous un de ses plus beaux jours, la fumée s’envolait paresseusement, dessinant dans ce ciel pure, d’immenses nuages en forme de champignons.

Et comme si ça ne suffisait pas, le soleil venait déposer de grand pans de lumières sur le volcan, sur les nuages bouillonnants, sur le cône qui crachait toujours et ce pendant presque 10 minutes, chose qui n’arrive que très rarement. C’était un moment magique, irréel, un moment que je peux difficilement mieux expliquer, tant son intensité, sa grandeur, sa beauté m’avaient paralysé. Plus que jamais, je me sentais minuscule, insignifiant, une petite poussière sur terre, un rien ; mais en même temps, tellement privilégié, reconnaissant, si comblé que rien d’autre ne pouvait occuper mes pensées. Si ému que j’en pleurais de grosses larmes que j’aurais voulu partager avec des êtres chers, mais absents.

Et puis, quand il eût fini de nous émerveiller, j’avais mes photos, j’avais ce pourquoi j’étais venu et bien plus encore, comme si tous les efforts que nous avions du faire pour arriver jusqu’ici avaient été appréciés et récompensés. En descendant, le vent nous quittait, les maux de tête aussi, ces scènes m’avaient à nouveau donné une énergie insoupçonnée. Et comme quelques heures auparavant, nous rentrions au camp avec des souvenirs inoubliables, des photos qui firent encore le tour du camp, des regards envieux, et une espèce de bouillie de céréales fondues dans de l’eau chaude gentiment préparée par les guides.

Une demi-heure plus tard l’heure du retour avait sonné, on refaisait nos sacs (plus légers !), prenait quelques dernières photos : 3h30 de descente en prévision. Une belle journée s’annonçait, il n’était que 8h mais déjà le soleil frappait nos nuques enduites de crème solaire. Au détour du chemin qui longeait le flan de l’Acatenengo, on se retournait une dernière fois pour voir le Fuego, resplendissant, comme posé au milieu de nulle part, il semblait si calme, endormi. Ainsi nous rejoignions la forêt, sa fraîcheur humide et sa terre grasse, nos jambes étaient à nouveau mises à rudes épreuves, à certains endroits le sol était très glissant et le dénivelé, important. Au bout de 2 heures nous étions de retour au péage, il y faisait cette fois bien plus beau que 24 heures auparavant, mais le soleil ne perçait tout de même pas le feuillage dense au-dessus de nous.

Une fois le groupe réuni, on entamait la dernière descente, plus plaisante celle-ci : en faisant de grands pas, on se jetait et s’enfonçait dans la terre molle qui nous portait des fois sur plusieurs mètres, la progression était bien plus rapide et amusante. Nous croisons les premiers groupes montant aux camps, certains nous regardent, déjà à bout de souffle, les yeux plein de questions, alors nous leur lançons malicieusement des « good luck ». Au détour du dernier bout de chemin, nous donnons Q100 à Nelson, notre guide, pour le remercier de nous avoir emmené sur la crête du Fuego et au sommet de l’Acatenengo. Nous retrouvons vers 11h les cabanons branlants, l’aventure du volcan El Fuego est terminée (enfin, pas tant que ça…). Les narines et les yeux remplis de poussière, l’odeur du feu incrustée dans nos vêtements, collée à nos peaux noircies, nous profitons de ces derniers instants en bas du volcan parmi les premiers du groupe, discutons avec les locaux, guides et autres touristes, buvons ce qu’il reste de rhum dans la flasque. Le reste du groupe arrive progressivement sur les quelques dizaines de minutes suivantes, et une petite heure après nous sommes à nouveau assis dans les shuttles, retour vers Antigua pour une bonne douche bien méritée.

Pierre DEFONTAINE
Photographe nature & vie sauvage

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