Kirghizistan : 10 jours de road trip, part. II

De Tash-Rabat à Kochkor.

L’air sec et mordant annonce déjà, une bonne trentaine de km avant d’y arriver, la vaste et froide beauté de la vallée de Tash-Rabat. Sans doute ma partie préférée du voyage.

Avant d’emprunter le chemin qui nous y mènera, nous roulons sur une route goudronnée qui divise l’horizon d’une ligne droite et interminable. De chaque côté, les chevaux sauvages se prélassent, mangent et courent à travers les plaines balayées par le vent, les vautours dévorent le reste d’une carcasse à proximité d’un point d’eau où s’abreuve un troupeau de chevaux marqués par le fer de leur propriétaire.

Oh joie quand nous apprenons que les deux yourtes sont disponibles et nous accueillent ! Sadyrbek, notre hôte, un vieil homme authentique et d’une gentillesse digne du pays nous invite à y jeter un œil puis à entrer dans sa maison. La salle de bain ne sera malheureusement pas utilisable puisqu’il gèle 😉

Pendant qu’il prépare le repas avec sa femme, nous allons visiter une construction datant du XIIè siècle : le Caravan Saray. Akay, notre guide, va chercher le second et unique habitant de la vallée, qui plus est le gardien de l’édifice, pour nous y donner l’accès. La totalité du bâtiment a été construit avec la roche des falaises et montagnes qui le surplombent, en plein sur la route de la soie. D’ailleurs, à deux jours de marche d’ici, on arrive en Chine !

Quelques légers flocons flottent dans l’air, annonçant la température que le vent ne cesse de réduire. Nous rentrons chez Sadyrbek pour un bon repas chaud, et au menu : du mouton ! Ah, quelle surprise ! L’après-midi c’est free-time dans la vallée : chacun va marcher, profiter de la grandeur et de la sérénité qu’elle nous offre.

Je prends un peu de hauteur, jusqu’aux premières neiges, et croise le chemin d’un troupeau de yacks. J’aimerai que cette après-midi dure des jours et des jours, à marcher ici, au milieu de rien, pas un bruit, pas un sentier, juste les montagnes et le froid, à regarder les aigles et les vautours dessiner de grands cercles dans le ciel en se tolérant, à essayer de compter les moutons qui, même entravés, gravissent les pentes environnantes.

Quand vient le soir, Sadyrbek monte sur son cheval pour rapatrier ses troupeaux en criant quelques mots kirghizes qui sonnent plutôt comme des onomatopées.

Quelques minutes plus tard, les bêtes qui, pour certaines ont 3 pattes attachées sur 4, s’empressent de se regrouper autour de la mangeoire comme si elles avaient fait autre chose aujourd’hui que de brouter l’herbe séchée de la vallée. Comme quoi le froid, ça creuse !

Après un repas chaud et quelques vodkas, nous gagnons les yourtes alors qu’il commence à bien neiger. La nuit sera froide, plus froide pour certains que pour d’autres…

Mais quelle ambiance au réveil ! La neige a recouvert la vallée, depuis les hauts sommets jusqu’au sol des yourtes.
La lumière brille d’une pureté éclatante, et au milieu de tout ça, ne subsistent que les formes arrondies des yourtes et des montagnes au loin.

Les deux chevaux de Sadyrbek déblayent la neige à la recherche de quelque chose à brouter, le ciel se découvre et offre des nuances bleutées rappelant la froideur de l’air.

Ainsi nous quittons Tash-Rabat pour rejoindre la ville de Kochkor, retrouvons le bitume enneigé au bout d’une petite heure de route : tout est blanc autour de nous, et en profitons pour faire quelques clichés de ces incroyables vues.

À Kochkor, nous mangeons… une pizza ! Enfin autre chose que du mouton et du choux 😉 Après le repas nous avons le chance d’assister à la fabrication du feutre avec les méthodes ancestrales traditionnelles, une démonstration unique dans l’association des femmes travailleuses kirghizes.

En fin de journée, nous arrivons au village de Bokonbayevo pour y passer la nuit avant de continuer notre périple vers le Canyon de Skazka.

Kirghizistan : 10 jours de road trip, part. I

De Bishkek au Lac Son Kul.

Aux confins de l’Asie centrale, entre la Chine et l’Ouzbékistan, c’est ici que pendant dix jours, avec neuf gaillard(e)s, trois 4x4 et beaucoup d’émerveillement, j’allais découvrir un pays extraordinaire.

Arrivés dans la capitale de Bishkek où nous visitons le grand Bazar et y découvrons la gentillesse, la bienveillance et le sourire des populations locales, notre guide (Akay de son prénom, se prononçant « Akaille ») nous fait une rapide visite des lieux à découvrir dans la ville (moche et polluée, mais 1 million d’habitants tout de même, et des trottoirs beauuuuucoup plus propres qu’en France).

Nous gagnons les montagnes Kirghizes à bord de nos engins dès le lendemain : au loin déjà la neige couvre les sommets, les reliefs s’étendent sur des centaines de kilomètres, l’aventure commence, j’attendais ce moment avec une profonde impatience.

Nous rattrapons rapidement la neige et passons un col où le climat et les paysages changent radicalement : les camions sont bloqués et ne peuvent plus monter, le vent soulève la poudreuse avec une force fascinante, dessinant de grands mouvements sur le sol.

Nous nous engouffrons dans le deuxième plus grand tunnel du pays puis arrivons de l’autre côté des masses rocheuses enneigées. Nous sommes accueillis par un grand soleil et un vent plus doux, d’ici nous surplombons une vallée par laquelle nous allons gagner le cœur des montagnes.

Après avoir traversé plusieurs villages traditionnels où les rudes modes de vie semblent dater de plusieurs décennies, nous atterrissons à Kyzyl Oy, un village de la vallée de Thian Shan. Nous rencontrons nos premiers hôtes et flânons dans les rues terreuses, parquées là, aux pieds des montagnes dont les cimes blanchies par la neige se confondent aux nuages qui engloutissent le ciel.

Une demi-douzaine d’enfants joue autour d’un vieux ballon de foot crevé en criant, nous nous joignons à eux pour un moment de vie chaud et sincère qui restera parmi l’un des plus beaux souvenirs de ce voyage. Leurs parents s’ajoutent à nous un peu plus tard et bientôt, c’est un véritable jeu qui s’orchestre dans la rue : à qui gardera le ballon le plus longtemps. Les enfants sont vifs et rapides, ont la maîtrise du terrain et de la balle, ils jouent à domicile, et nous, les visiteurs, profitons de ce moment avec un respect contemplatif et bienveillant.

De retour chez nos hôtes, nous prenons (le premier d’une trèèèèès longue série) l’apéro tous ensemble, la maîtresse de maison apporte les plats, nous écoutons Akay nous parler du pays, des coutumes, des traditions, de l’itinéraire prévu. Après deux bouteilles de vodka, une bonne douche (tiède qui tend vers le froid), le contrecoup des trajets et beaucoup de rires, le sommeil nous rattrape sans mal.

Le lendemain matin, nous empruntons un chemin poussiéreux longeant un cours d’eau qui serpente inlassablement une vallée aux façades rougeâtres. Les lumières et le contraste des couleurs semblent presque irréels, nous croisons beaucoup de bétail, de chevaux sauvages et entravés, et même quelques locaux en voiture.

Après quelques heures et avoir retrouvé le goudron nous faisons halte en ville de Naryn, puis en profitons pour faire quelques courses (surtout de la vodka, des chips et des espèces de KitKat russes au goût curieusement dégueulasse ;)).

Direction le lac Son Kul avec l’espoir de trouver les nomades et leur yourtes pour passer une nuit au bord d’un lac dans une maison éphémère de feutre et de bois !

Nous quittons à nouveau le bitume pour la poussière et la terre, puis devons prendre un col très convoité par les camions chargés à ras-bord de charbon : deux grandes mines à ciel ouvert se situent à quelques 2400m d’altitude et permettent l’extraction de plusieurs tonnes par jour du précieux combustible. Nous ne faisons que passer devant les mineurs et leurs hébergements précaires témoignant d’un train de vie aussi modeste que difficile. Une fois encore, je relativise.

Arrivés au sommet du col nous avons une vue incroyable sur la vallée, l’horizon. Un panorama bien trop riche en reliefs et en couleurs pour que je puisse le comparer à quelque chose que j’avais déjà eu la chance de voir. Nous ne nous arrêtons que quelques instants car nous devons approcher le lac pour le pic-nic du midi alors que 13 heures viennent de passer.

Au loin se dessinent déjà les premiers reflets de son eau gêlée sur les rives, le soleil est pourtant étouffé par un ciel toilé de nuages filtrant la lumière mais le bleu de l’eau scintille et, surtout, nous espérons y apercevoir un camp de nomades.
Mais plus nous nous rapprochons du lac, et plus nos espoirs semblent se ternir. Nous finissons tout de même par faire une pause au bord de l’eau pour le pic-nic (poulet / crudités / fruits et… bière !), le vent est assez glaçant mais l’impression d’être seul au milieu de nul part n’a jamais été aussi bonne.

Nous reprenons les chemins en longeant le lac quand enfin nous apercevons quelques yourtes, quelle joie ! Nous arrivons à travers plaine à une centaine de mètres du petit camp, trois hommes se rapprochent de nous, Akay les salue et va leur parler. Mais le verdict fait redescendre notre excitation d’un coup : ils ne peuvent pas nous accueillir puisque toutes les yourtes sont déjà utilisées et qu’ils passent l’hiver ici pour surveiller le matériel entreposé.

Nous repartons donc déçus dans la ville de Naryn où nous étions ce matin, et même si nous avons roulé toute la journée pour revenir au même endroit, cette petite escapade nous aura fait découvrir de magnifiques endroits autour du lac Son Kul.

En quittant les montagnes, nous faisons deux rencontres brèves mais passionnantes avec deux nomades à cheval. Une vraie chance d’avoir pu échanger quelques regards, quelques signes et gestes avec eux, pour clore cette troisième journée au pays des montagnes célestes.

Auschwitz-Birkenau : le devoir de mémoire

Depuis la gare routière de Cracovie, compter environ 1h30 de trajet et 16 Zlts (un peu plus de 3.50 €) pour rejoindre le camp Auschwitz I. C’est ici que tout a commencé, dans cette ancienne caserne polonaise, au cœur du village d’Oświęcim (nom polonais, Auschwitz étant l’équivalent germanique).

Pour accéder au musée (qui se situe dans le complexe) et pouvoir visiter l’intégralité du camp, il vous faudra payer l’entrée (un cinquantaine de zlotys).
Il est possible de visiter Auschwitz I sans guide, mais renseignez-vous sur les horaires qui varient en fonction des périodes. Je vous conseille d’arriver tôt le matin (dès l’ouverture), avant le flot de touristes…

Aussi, documentez-vous avant d’arriver ici : quelques références en fin d’article pourront aider à vous prémunir d’une certaine carapace qu’il sera bon de porter durant la visite, aussi bien pour tenter (je dis bien tenter) de comprendre, que pour faire face aux lieux.

Ainsi je faisais mes premiers pas dans le camp de concentration Auschwitz I, et tombais sur la porte principale, sa triste devise « Arbeit macht Frei » posée là comme si elle avait amené une quelconque forme de liberté. En ce 21 mai il faisait un temps superbe (je trouvais ça presque dommage pour un pareil endroit).

J’ai arpenté les blocks, longé les barbelés, foulé le béton (pas partout d’origine), essayé de m’imaginer la « vie » ici, autrefois. Notez qu’il faut bien avoir en mémoire qu’Auschwitz I était un camp de concentration et non d’extermination. Ça ne veut pas dire que l’on n’y mourrait pas, mais simplement qu’il n’y avait pas d’infrastructures prévues à la liquidation massive des prisonniers : une détention censée permettre de rééduquer les opposants. Je ne vais pas faire une leçon mais je vous invite à vous documenter sur les particularités des camps de manière générale.

Certains blocks sont totalement ou presque d’origine, d’autres ont été en partie reconstruits pour des questions de sécurité (toitures par exemple). Alors qu’ils abritaient jadis des détenus, un semblant d’hôpital, des réserves de vivres et de biens, des cellules d’emprisonnement aux conditions inimaginables (tenir debout à 4 dans une cellule durant une semaine à la limite de l’asphyxie) ils abritent aujourd’hui des expositions. Tantôt sur la résistance depuis la France jusqu’à la Pologne, tantôt sur les journaux clandestins et officiels, d’autres fois encore sur des actes de bravoure d’individus (trop vite) oubliés…

Mais surtout, ils gardent entre leurs épais murs bétonnés des objets, et des photos, beaucoup de photos. Des photos des détenus, de la construction du camp, des sélections, des différents blocs, des vues aériennes… des photos qui ne s’oublient pas.

Je préfère vous prévenir, à partir d'ici, certaines des photos qui suivent peuvent réellement heurter votre sensibilité.

Par respect pour les victimes je n’ai pas photographié les tonnes de cheveux, jadis tous colorés mais aujourd’hui formant une immense masse sombre, noire, en décomposition continue. Mais j'ai pris les visages, des centaines de visages, tous, à la fois pareils et différents. Des visages graves d’hommes, de femmes, d’enfants.

Et c’est avec une profonde humilité que je me suis permis une photo des milliers de chaussures, entassées derrière les vitres, là, objets morts, secs, témoins du temps, de la vie passée. Il y a ces paires, presque neuves, à peines tachées, d’une élégance fine et discrète, et puis les autres, celles qu’on se passait de frères en frères, celles rafistolées cents fois par un cordonnier ou les mains bienveillantes d’une mère. Et puis, il y a les plus dures à regarder : celles qui ne dépassent pas les dix centimètres, ces petites pièces de cuir à peine tenues par une sangle en fer érodé.

Il y a aussi les centaines de boîtes vides de Zyklon B, ces cristaux de la mort.

Les valises, entassées par milliers, nommées à la hâte, vides elles aussi de toute forme de vie. Les lunettes, peignes, blaireaux, brosses à dents, les ustensiles de cuisine et en tous genres, les prothèses, atèles, jambes de bois, corsets et autres objets, intimes, personnels, uniques, mais témoignant à l’unisson d’une seule et unique chose : la vie.

Une fois sorti des blocs, je me rends face au mur des exécutions, où des centaines de personnes ont été fusillées. Je passe sur la place d’appel où des potences ont été reproduites et où des dizaines de prisonniers ont « servi d’exemple » quand une évasion ou une rébellion était tentée, ou même un simple vol de peau de pomme de terre.

 

Je prends ensuite une navette pour le complexe de Birkenau. Arrivé devant cette porte de briques rouges, vue symbole du camp d’extermination de Birkenau, l’immensité du camp me laisse sans voix. J’y pénètre sous le soleil, et une fois à l’intérieur, encerclé de barbelé, de poteaux de béton, je longe les rails, cette fameuse Judenrampe jusqu’au wagon à bestiaux, repeint aux couleurs de l’époque.

Ici, à Auschwitz II Birkenau, je suis dans un camp d’extermination, un camp prévu pour tuer de façon industrielle, administrative, de façon méthodique, avec une rigueur froide et réfléchie. Ici, où je marche, à cet endroit même, avaient lieux les sélections, ici, en un coup d’œil et de doigt, les familles étaient décimées, déchirées, anéanties.

De là je longe le camp sur le chemin, par le même chemin toujours, qui mène aux crématoires. Face aux crématoires, un monument a été érigée : une plaque commémorative, déclinée en 22 langues (les 22 langues des juifs d’Europe déportés à Auschwitz).

Crématoires dont ne restent que des ruines, des débris massifs, entassés, dynamités. Autour de moi, sous mes pieds, des cendres, des charniers, des milliers de cadavres. Ici, il y a quelques décennies, c’était l’enfer, le lieu de toutes les horreurs que l’homme ait été capable d’orchestrer. Comment l’imaginer aujourd’hui, au milieu de cette campagne paisible et tranquille, au milieu des vieux bouleaux remués par le vent, sur ces prairies verdoyantes, comment se dire qu’ici, on arrachait les dents aux cadavres, on tondait les femmes, on brulait les enfants par 3 ou 4, comment ?

Pourtant c’est bien ici, devant mes yeux, je vois la salle souterraine où se retrouvaient nus des centaines de personnes, je vois les décombres de celle où elles agonisaient durant de longues minutes au milieu des hurlements, des excréments, des vomissures, et celle de laquelle n’en ressortait qu’une fumée noire et entêtante. Ici, au milieu d’une campagne comme je les connais et les aime, je veux me dire que tout cela n’est qu’une sombre fiction, mais la réalité est tout autre.

Il ne reste que quelques bâtiments d’origine, dont un qu’il est encore possible de visiter, les autres sont étayés, fermés aux visiteurs ou réhabilités. De tous les autres (en bois) ne subsistent que les fondations de pierres et les cheminées de briques rouges qui semblent défier le temps en qualité de témoins. La baraque dans laquelle il est possible d’entrer n’est autre qu’un « dortoir », ses châlits précaires et sa froideur macabre.

Au sol, sous le premier niveau de planches, ce sont les plus faibles, ceux qui ne tiennent plus debout et n’ont pas la force de lever une jambe. Sur le premier niveau, ceux qui ont un peu plus de volonté ou d’énergie, et en haut, les plus robustes. Les meilleures places sont bien entendues celles du haut : la chaleur monte en hiver, et, surtout, comme la dysenterie faisait rage, elles étaient un lieu sûr pour ne pas être recouvert des excréments de ceux qui ne pouvait plus se lever.

Ainsi se terminait ma visite du complexe d’Auschwitz-Birkenau. Je quittais le camp, ses barbelés, miradors, fondations des blocks, son horrible immensité, sa campagne calme et plate, ses âmes fantômes qui aujourd’hui encore continuent de déambuler entre les lignes, et qui ne sauront s’arrêter.

Comme le disent les plaques commémoratives, « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement. »

Quelques-unes de mes références 

La mort est mon métier
De Robert Merle

Si c’est un homme
De Primo Levi

Au coeur de l'enfer : Témoignage d'un Sonderkommando d'Auschwitz, 1944
De Zalmen Gradowski

Je me suis évadé d'Auschwitz
De Rudolf Vbra

Sonderkommando : Dans l'enfer des chambres à gaz
De Shlomo Venezia

Auschwitz : Les nazis et la Solution finale 
De Laurence Rees

Des voix sous la cendre : Manuscrits des Sonderkommandos d'Auschwitz-Birkenau

Cracovie : les couleurs du patrimoine

Venu en Pologne pour visiter les camps d’Auschwitz-Birkenau (article en préparation !), mes premiers pas à l’heure polonaise sont bercés par cette capitale culturelle et colorée. C’est par Cracovie (prononcée « Kracouffe ») que je découvre la Pologne : l’image des rases campagnes plates et tristes n’est ici présente qu’au travers des esprits « touristes ». Ici c’est haut, c’est beau, c’est coloré. J’arrive un dimanche et ai la chance de profiter d’un marché artisanal : savoir-faire et gastronomie sont au rendez-vous.
Je n’aurai malheureusement qu’un (trop) petit créneau pour visiter les rues, mais voici un petit aperçu de ces quelques heures au cœur de la vieille ville.

La majestueuse basilique Sainte-Marie sur la place du marché

De loin une des plus belles places où j’ai eu la chance de poser les pieds, d’autant plus qu’elle est considérée comme la plus grande place médiévale d’Europe ! Pour une cinquantaine de zlotys, il est possible de s’offrir un tour de la vieille ville en calèche, tiré par des chevaux aussi robustes qu’élégants.

La cathédrale du Wawel

Impressionnant complexe gothique qui domine la ville, un must-see ! Elle est un sanctuaire où des polonais d’exception sont enterrés : et ça se ressent par la grandeur et la beauté des courbes.

L'église Saints-Pierre-et-Paul

Je l’ai rapidement visitée sur un fond de chorale religieuse : ambiance garantie ! Elle fait partie des églises qui vous rappellent à quel point l'influence religieuse était, jadis, bien plus importante qu'aujourd'hui dans les cœurs et les esprits.

Ascension du volcan Santa Maria

Depuis le shuttle qui nous amène au pied du volcan sur un chemin défoncé et poussiéreux, nous échangeons avec nos trois compagnons de rando pour les 24 prochaines heures : Saoul, notre guide ; Bernebe et Allonzo, deux gaillards de la police touristique (et ici, ceux-ci ne rigolent pas !). Par mesure de précaution, nous avons dû demander un accompagnement armé pour gravir ce volcan qui, bien que mythique, peut être mal fréquenté : quelques incidents ont été reportés au cours des dernières années.

Une fois les litres d’eau répartis (4 par personne) et le repas du midi dans nos sacs, nous prenons le sentier, non sans appréhension, au milieu des champs secs. Nous faisons une première pause à l’ombre des grands arbres, au milieu d’une prairie escarpée, puis gagnons rapidement la fraîcheur de la forêt : il n’est que 10 heures mais déjà le soleil nous aplatit plus que le poids de nos sacs. Nous croisons les premières personnes sur le volcan : quelques paysans locaux dont les mules, chargées à mourir, semblent s’étaler à chaque pas. Avec un sourire chaud et sincère, ils nous saluent, puis nous en croisons d’autres quelques minutes plus tard.

Après presque 3 heures de marche nous profitons d’un replat pour manger nos sandwichs et quelques barres de céréales, puis c’est reparti. Allonzo, le plus jeune des deux policiers semble avoir quelques difficultés à suivre le rythme, mais le plus ancien, Bernebe, lui semble être un grimpeur aguerri. Saoul est bavard et nous avons maintenant presque oublié toute possibilité d’une attaque à la machette : des dizaines de locaux montent et descendent sur le sentier, tous très souriants, polis, venus parfois en sandales ou chaussures de ville.

Il nous faudra 5 heures d’ascension pour arriver au sommet du géant, 5 heures de montée non-stop, mais quand enfin nous arrivons sur le replat sommital, un grand sentiment de satisfaction, de fierté et de soulagement nous envahit. Nous nous félicitons tous mutuellement et profitons du soleil, de cette vue panoramique sur l’horizon ennuagé et ensoleillé à 3 772 m d’altitude.

Il n’est que 16 heures et après avoir monté notre camp, nous flânons au soleil, allongés sur les petites places herbeuses, à espérer voir s’envoler ces masses nuageuses qui masquent celui que nous sommes venus voir : le volcan Santaguito. Il est en réalité une partie affaissée du Santa Maria : lors d’une éruption il y a plus de 100 ans (une des plus importantes, projetant des cendres à plus de 30 km d’altitude (!!) et tuant des milliers de personnes), un ensemble de cônes volcanique se forma en contre bas, donnant naissance à un endroit unique au monde : une chaîne de volcans actifs, à raison de plusieurs explosions chaque jour.

Au sommet, beaucoup de croyants viennent pour prier, faire des offrandes, écrire des noms, des dates sur les rochers. Détail choc : aucun ne semble faire attention aux dizaines de déchets qu’ils laissent, ainsi le sommet du volcan est couvert de débris plastiques, papiers…. Au-delà de l’aspect désolant, nous trouvons paradoxale qu’un tel lieu soit synonyme de non-respect de l’environnement.

Les nuages semblent persister et commencent même à engloutir les alentours, le soleil tombe rapidement et bientôt, le vent se fait beaucoup plus frais. Nous allumons un feu et Saoul nous prépare un délicieux repas (pâtes / tomates / parmesan), la nuit est tombée à une vitesse folle, le vent s’intensifie et s’enfile partout. Ainsi il n’est que 19h30 quand nous gagnons notre toile fouettée, une longue nuit s’annonce et nous n’avons toujours pas vu le Santiaguito.

Le froid nous gagne, les maux de tête aussi, et pour couronner le tout, nous nous apercevons qu’un de nos matelas est crevé. Au bout d’une heure, l’humidité ruisselante de la tente vient s’écraser sur nos visages (il n’y a que ça qui dépasse des sacs de couchage) tant le vent agite notre abris de fortune : nous pensons « on est quand même bien, chez nous… ».
Le reste de la nuit est un vrai calvaire : les maux de têtes se sont renforcés, l’implacable vent semble toujours vouloir se déchaîner sur nous, deux chiens errants se battent à quelques mètres des tentes… impossible de trouver une quelconque forme de somnolence au milieu de tout cela : il faut juste « prendre son mal en patience ».

Enfin le vent se calme, il est 4h30 et nous découvrons un magnifique ciel étoilé, l’intérieur de la toile de tente est gelé ! Dehors le sol est couvert de cristaux blancs, mais ça fait un bien fou de se lever et de marcher.

L’air est mordant, nous nous approchons de la crête pour découvrir, enfin, le volcan Santiaguito. Mystérieux, encore dans la pénombre nocturne, il entame une longue séance de dégazage, puis une (petite) explosion retentie. Elle ne ressemble en rien à celles de son grand Frère El Fuego, mais tout de même : nous apercevons la lave et crions de joie comme des enfants, ainsi la nuit passée est déjà oubliée.

Le froid nous tient encore avidement, il nous tarde de voir se lever le soleil qui déjà, éclaire l’horizon lointain d’une lumière jaune orange. Nous ne verrons pas d’autres d’explosions du Santiaguito, mais à mesure que le soleil chasse les étoiles, il dessine l’ombre du Santa Maria devant nous : un spectacle unique, lui aussi. 

Puis il glisse sur le Santiaguito, nous dévoile complètement son visage, et la fumée blanche qu’il crache inlassablement.

Saoul nous fait signe de remonter : il est l’heure de lever le camp, et déjà les premiers croyants arrivent pour prier. Certains sont arrivés dans la nuit glaciale et dorment encore à même le sol, enroulés dans une couverture. D’autres, vêtus d’un simple linge traditionnel, posent leurs genoux sur le sol encore gelé à l’ombre des roches, et lèvent les bras vers le ciel en pleurant quelques douloureuses paroles, la gorge nouée et les yeux vides d’espoir.

Ici, en haut du volcan Santa Maria, nous ne venons pas chercher la même chose. Mais pour eux, comme pour nous, vivre un lever de soleil ici, c’est avoir la chance d’observer la force, divine ou naturelle, de ce que nous offre cet extraordinaire pays.

Deux jours au Grand Bo’

5 heures de voiture et quelques balistos pour arriver jusqu’au charmant village de montagne du Grand-Bornand (1 000m, « Le Grand Bo’ pour les intimes ;)). Facile d’accès (mais nous y sommes allés hors-période), nous avons rejoint le centre du village par une suite de lacets nichés au pied des montagnes : c’est beau, ça tourne, ça monte au milieu de l’eau, des arbres, des géants de roche. Vous l’aurez compris : on adore ça !

Nous sommes le 29 avril, c’est la Journée Nationale de la Déportation. Nous prenons place sur la terrasse d’un restaurant, sirotons une petite bière devant le discours honorifique du maire du village, puis une fanfare nous joue la Marseillaise sur fond de sommets enneigés.

Après une « assiette Rebloch’ », nous voilà en route jusqu’au parking de la station (1 300m). Une fois là-haut, c’est un autre panorama que nous offre la chaîne des Aravis : quel spectacle ! Le ciel s’ennuage, mais les rayons d’un soleil printanier sont vifs et parviennent tout de même à faire reluire les cimes.

La neige, d’une blancheur presque aveuglante, semble étouffer le chant des sommets, cacher partiellement leur beauté, leurs secrets, sous son épais manteau. Un vent tiède balaie les sapins, un coup de crème solaire, et c’est parti ! Nous rencontrons les premiers névés au bout de quelques minutes de marche seulement, mais n’avons aucun mal à les contourner pour rejoindre le sentier.

Une heure et quelques bains de pieds plus tard, nous devons nous l’avouer : sans matériel, il est difficile d’aller au-delà des 1 600m, les couches de neiges sont encore trop importantes et nous obligent à improviser un nouvel itinéraire.

Ainsi nous marchons au travers des forêts et flans de montagne, là où le sol nous le permet. Nous prenons quelques sentiers sur une centaine de mètres, parfois moins, où des arbres, déchirés de leurs racines, s’étalent en travers ou demeurent suspendus aux branches d’un autre.

Cette petite parenthèse d’aventure se termine au bout de deux heures : nous avons bien profité de la vue, mais le ciel commence à se couvrir de masses nuageuses sombres et épaisses, il est temps de retrouver la voiture.

Une fois de retour au village, nous nous accordons une petite pause au bord du Borne (cours d’eau qui serpente dans la vallée et les villages environnants). Une balade agréable à faire en longeant la lisière, d’un côté comme de l’autre, et l’occasion de découvrir un mélange d’art et de culture autour de notre amie la vache !

Puis c’était l’heure du goûter 🙂 ! Je vous conseille la croix de Savoie (crème pâtissière / pralines) ou la paillette aux myrtilles…
Notre balade s’est poursuivie dans les jolies petites rues, la visite de quelques magasins de spécialités locales, et enfin, avons profité d’un coucher de soleil (masqué par les nuages, certes) autour d’une bonne tartiflette sur la terrasse du restaurant « La pointe Percée ».

7h, lever de soleil sur la chaîne des Aravis : un vrai régal, un beau spectacle ! Les premières lumières sur les pointes, la poudreuse remuée par le vent, comme stagnant dans l’air frais des sommets, une brume matinale s’échappant des profondes forêts de hauts arbres… tout ce qu’on aime !

Il était déjà temps pour nous de quitter la montagne, la neige et les sommets pour retrouver la platitude de notre région natale ; heureusement, nous avons d’autres choses ;).

Au fait, nous avons goûté la croziflette : c’est génial !

Yaxha, la perle Maya

Le site Maya de Yaxha a été une formidable surprise : encore peu connu et beaucoup moins fréquenté par les touristes (mais pas par les moustiques !) que le grand Tikal, cette ancienne citée en bord de lac est encore bien enfouie dans la jungle, et c'est ce qui fait tout son charme.

Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par les singes hurleurs : un spectacle d’une intensité presque effrayante (heureusement qu’il faisait jour !). Ainsi je pose la main sur ma première pyramide Maya : l’endroit est exceptionnel et son côté préservé me laisse imaginer sans mal la vie qui s’y écoulait il y a plusieurs milliers d’années.

Le parc est assez grand mais la visite ne dure que 3 heures, non pas qu’il fasse nuit tôt mais plutôt par peur d’y laisser un touriste un peu trop aventureux. Les moustiques sont bien présents (et en nombre !) dans ce climat chaud-humide : le répulsif est de sortie ! Quelques touristes inconscients déambulent dans le parc en short / débardeur, bientôt leur peau se ponctuent de dizaines de boutons : il ne faut pas oublier qu’ici, le Paludisme se transmet rapidement.

Nous nous détachons du groupe et glissons sur le sol humide, nos nuques renversées vers les cimes des arbres et au bout desquelles se balancent des singes arrangés, où chantent les singes hurleurs : ces scènes sont incroyables, magiques, nous en oublions même le climat et les bourdonnements acides des mosquitos. (Rien qu’en écrivant l’article, ça me démange !)

Nous avons un peu (trop) pris notre temps dans le parc : le guide nous avait donné RDV à 17h en haut de la plus haute pyramide pour y contempler le coucher de soleil sur le lac et l’épaisse canopée, mais nous sommes encore à plusieurs centaines de mètres, au sommet d’un petite pyramide où les singes, moins farouches, se baladent sur les branches à seulement quelques mètres de nous !

10 minutes au pas de course et nous arrivons en bas des escaliers de la grande pyramide. En haut, un autre moment d’émerveillement nous attendait. Quand nous sommes arrivés, une vingtaine de personne, peut-être plus, était assise sur les bords bétonnés.
Nous prenons place discrètement pour ne pas ébranler ce fragile silence : l’ambiance est merveilleuse, presque irréelle. Personne ne parle, tout le monde contemple l’horizon cuivré, les singes hurleurs chantent la chute du soleil, la canopée, resplendissante, océan de verdure, s’assombri peu à peu.

Le lac au loin reflète chacun des derniers rayons du soleil, un vent tiède et apprécié s’étale sur nous, il n’y a plus de moustique, mais seulement le bruit de la jungle qui se réveille. Les lumières sont d’une incroyable pureté, le soleil rasant s’étale sur la roche des pyramides orangées, et projette leurs ombres sur les arbres fourmillants d’oiseaux aux chants divins. C’est un grand moment, un très grand moment de bonheur, d’une détente profonde et contemplative, de reconnaissance.

La ville-musée d’Antigua

Antigua est une ville (très) touristique mais que nous découvrons en semaine, ainsi les rues sont un peu moins peuplées que les week-end. Outre la quantité de touristes de toutes les nationalités, il y a également beaucoup de locaux qui y viennent le temps de quelques jours : ici la vie est (plus) sûre que dans d'autres villes comme celle de Guatemala City. Voici quelques photos prises lors de la découverte des rues colorées et pavées de cette ville d'exception. 

La place centrale (plaza central)

Cireurs de chaussures, banques, restaurants, épiceries, salons de coiffure, marchands de glaces, vendeurs en toutes sortes nous accostant des dizaines de fois, la place centrale est comme son nom l'indique le carrefour de la ville. Ne manquez pas la vue depuis les bâtiments administratifs où il est possible de s’asseoir pour admirer le volcan Agua et la cathédrale.

L'arche de Santa Catalina (Arco de Santa Catalina)

Construite au xviie siècle, elle reliait à l'origine le couvent de Santa Catalina à une école, permettant aux religieuses cloîtrées de passer d'un bâtiment à l'autre sans avoir à sortir dans la rue. Il est toujours possible de traverser l'arche pour une somme assez coquette (nous ne l'avons pas fait ;)).

Marché artisanal

Beaucoup de linge en tous genre et d'une qualité de fabrication (a la mano) remarquable, beaucoup de couleurs et d'objets, bijoux,... Ici il est de coutume de négocier chaque petite chose, parfois les prix annoncés au départ sont doublés, triplés, voire plus... mais toujours avec respect et politesse. 

Au fil des rues.

Des scènes de la vie quotidienne : une sortie d'école, des cireurs de chaussures (des gamins, une dizaine d'années tout au plus), un repas en famille, un livreur de produits frais, un policier de patrouille...

Le majestueux lac Atitlan

C'est le plus profond lac d'Amérique centrale (environ 350m), et pour certains, le plus beau lac du monde. Face aux 3 volcans qui le bordent, il occupe ennuyeusement sa caldeira depuis plus de 80 000 ans. Nous avons rejoint les rives du lac Atitlan par la jolie petite ville (et assez touristique) de Panarachel. Après un périlleux voyage de plusieurs heures, nous arrivons pile poil pour un joli petit coucher de soleil.

Il est possible de faire mal pas d'activité sur et autour du lac (kayak, paddle, pêche, ascension des volcans environnants, randos, tour du lac (mais réputé dangereux !)...).
En ce qui nous concerne, nous avons traversé ces kilomètres pour aller sur une autre rive, plus particulièrement à San Pedro pour une petite balade à cheval au bord du lac : fabuleux ! Les petites embarcations sont appelées des lanchas et vous permettent de traverser le lac dans tous les sens pour quelques euros.

À savoir : il existe un vent assez puissant appelé Xocomil qui peut subitement se lever en pleine journée : dans ce cas, toutes les traversées sont stoppées car il peut soulever d'importantes vagues. C'est peut-être pour cette raison que toutes les lanchas sont équipées de gilets de sauvetage ;). 

Ascension du volcan Acatenengo

Après une bonne nuit de sommeil à presque 3 500m (au moins 30 minutes), nos cuisses molles et engourdies reprennent du service ! Dès les premiers mètres je sais que la montée va être la plus dure de toutes, j’ai le souffle court et des maux de têtes, les jambes raides et courbaturées, pour couronner le tout ma frontale rend l’âme au bout de quelques minutes. Je dois faire des pauses presque toutes les 5 minutes, et au bout d’une pénible demi-heure le chemin se fait plus plat sur quelques centaines de mètres, avant de remonter de nouveau, et quelle remontée !
Arrivés sur le flan, en bas de la dernière ligne droite, le vent se lève et nous retrouvons non sans peine cette terre volcanique molle et dans laquelle on s’enfonce à chaque pas : ces quelques dernières centaines de mètres s’annoncent longues, très longues. Déjà derrière nous le soleil projette ses premières lumières au loin, je profite de ce spectacle pour reprendre un peu d’énergie ; après vingt minutes nous sommes presque au sommet, je suis à bout de force et dois terminer l’ascension à quatre pattes : le vent est si violent que je ne peux plus lui faire face. 

Enfin, nous voilà arrivés à quelques 3 976 mètres, il doit faire entre -2°C et -4°C, mais le ressenti avec cet incroyable vent avoisine plutôt les -20°C ! Nous ne sommes pas seuls sur le volcan à être venus admirer ce splendide spectacle. On s’enlace, se donne de grandes tapes sur les omoplates, quelle joie, quelle satisfaction d’y être arrivé ! Je m’avance un peu sur la crête pour aller toucher la borne sommitale mais ne m’y éternise pas : mes doigts sont frigorifiés, je ne les sens plus, je les laisse d’ailleurs appuyés sur le déclencheur de l’appareil photo pendant quelques secondes pour être certain d’avoir quelques clichés (le bruit du vent masquait largement le bruit du déclencheur de l’appareil).

Je redescends quelques secondes dans le creux où le vent y est beaucoup moins important pour me réchauffer avant de retourner sur la crête pour cette fois prendre les clichés qui vont rester parmi mes plus beaux souvenirs. À peine avais-je passé la borne que le Fuego, en contre bas, entrait en éruption. Le soleil apparaissait seulement au loin, je m’avançais au plus près du bord pour me glisser entre deux énormes rochers m’abritant un peu.

Je m’y assis, et, exténué, fondais en larme devant le spectacle. Je pleurais car jamais de ma vie je n’avais vu quelque chose d’aussi beau, d’aussi puissant, je pleurais de joie, de satisfaction. Il n’y a peut-être tout simplement pas de mot pour décrire cette scène, elle restera comme un des moments les plus intenses de ma vie, jamais je n’avais ressenti autant de chose à la fois. J’étais à bout de force, de vifs maux de tête me comprimaient les tempes, j’étais gelé de la tête aux pieds, mon vendre vide nouait mes tripes, l’effort avait tendu mes nerfs. Mais à côté de ça, j’observais une force de la nature sous un de ses plus beaux jours, la fumée s’envolait paresseusement, dessinant dans ce ciel pure, d’immenses nuages en forme de champignons.

Et comme si ça ne suffisait pas, le soleil venait déposer de grand pans de lumières sur le volcan, sur les nuages bouillonnants, sur le cône qui crachait toujours et ce pendant presque 10 minutes, chose qui n’arrive que très rarement. C’était un moment magique, irréel, un moment que je peux difficilement mieux expliquer, tant son intensité, sa grandeur, sa beauté m’avaient paralysé. Plus que jamais, je me sentais minuscule, insignifiant, une petite poussière sur terre, un rien ; mais en même temps, tellement privilégié, reconnaissant, si comblé que rien d’autre ne pouvait occuper mes pensées. Si ému que j’en pleurais de grosses larmes que j’aurais voulu partager avec des êtres chers, mais absents.

Et puis, quand il eût fini de nous émerveiller, j’avais mes photos, j’avais ce pourquoi j’étais venu et bien plus encore, comme si tous les efforts que nous avions du faire pour arriver jusqu’ici avaient été appréciés et récompensés. En descendant, le vent nous quittait, les maux de tête aussi, ces scènes m’avaient à nouveau donné une énergie insoupçonnée. Et comme quelques heures auparavant, nous rentrions au camp avec des souvenirs inoubliables, des photos qui firent encore le tour du camp, des regards envieux, et une espèce de bouillie de céréales fondues dans de l’eau chaude gentiment préparée par les guides.

Une demi-heure plus tard l’heure du retour avait sonné, on refaisait nos sacs (plus légers !), prenait quelques dernières photos : 3h30 de descente en prévision. Une belle journée s’annonçait, il n’était que 8h mais déjà le soleil frappait nos nuques enduites de crème solaire. Au détour du chemin qui longeait le flan de l’Acatenengo, on se retournait une dernière fois pour voir le Fuego, resplendissant, comme posé au milieu de nulle part, il semblait si calme, endormi. Ainsi nous rejoignions la forêt, sa fraîcheur humide et sa terre grasse, nos jambes étaient à nouveau mises à rudes épreuves, à certains endroits le sol était très glissant et le dénivelé, important. Au bout de 2 heures nous étions de retour au péage, il y faisait cette fois bien plus beau que 24 heures auparavant, mais le soleil ne perçait tout de même pas le feuillage dense au-dessus de nous.

Une fois le groupe réuni, on entamait la dernière descente, plus plaisante celle-ci : en faisant de grands pas, on se jetait et s’enfonçait dans la terre molle qui nous portait des fois sur plusieurs mètres, la progression était bien plus rapide et amusante. Nous croisons les premiers groupes montant aux camps, certains nous regardent, déjà à bout de souffle, les yeux plein de questions, alors nous leur lançons malicieusement des « good luck ». Au détour du dernier bout de chemin, nous donnons Q100 à Nelson, notre guide, pour le remercier de nous avoir emmené sur la crête du Fuego et au sommet de l’Acatenengo. Nous retrouvons vers 11h les cabanons branlants, l’aventure du volcan El Fuego est terminée (enfin, pas tant que ça…). Les narines et les yeux remplis de poussière, l’odeur du feu incrustée dans nos vêtements, collée à nos peaux noircies, nous profitons de ces derniers instants en bas du volcan parmi les premiers du groupe, discutons avec les locaux, guides et autres touristes, buvons ce qu’il reste de rhum dans la flasque. Le reste du groupe arrive progressivement sur les quelques dizaines de minutes suivantes, et une petite heure après nous sommes à nouveau assis dans les shuttles, retour vers Antigua pour une bonne douche bien méritée.

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