Auschwitz-Birkenau : le devoir de mémoire

Depuis la gare routière de Cracovie, compter environ 1h30 de trajet et 16 Zlts (un peu plus de 3.50 €) pour rejoindre le camp Auschwitz I. C’est ici que tout a commencé, dans cette ancienne caserne polonaise, au cœur du village d’Oświęcim (nom polonais, Auschwitz étant l’équivalent germanique).

Pour accéder au musée (qui se situe dans le complexe) et pouvoir visiter l’intégralité du camp, il vous faudra payer l’entrée (un cinquantaine de zlotys).
Il est possible de visiter Auschwitz I sans guide, mais renseignez-vous sur les horaires qui varient en fonction des périodes. Je vous conseille d’arriver tôt le matin (dès l’ouverture), avant le flot de touristes…

Aussi, documentez-vous avant d’arriver ici : quelques références en fin d’article pourront aider à vous prémunir d’une certaine carapace qu’il sera bon de porter durant la visite, aussi bien pour tenter (je dis bien tenter) de comprendre, que pour faire face aux lieux.

Ainsi je faisais mes premiers pas dans le camp de concentration Auschwitz I, et tombais sur la porte principale, sa triste devise « Arbeit macht Frei » posée là comme si elle avait amené une quelconque forme de liberté. En ce 21 mai il faisait un temps superbe (je trouvais ça presque dommage pour un pareil endroit).

J’ai arpenté les blocks, longé les barbelés, foulé le béton (pas partout d’origine), essayé de m’imaginer la « vie » ici, autrefois. Notez qu’il faut bien avoir en mémoire qu’Auschwitz I était un camp de concentration et non d’extermination. Ça ne veut pas dire que l’on n’y mourrait pas, mais simplement qu’il n’y avait pas d’infrastructures prévues à la liquidation massive des prisonniers : une détention censée permettre de rééduquer les opposants. Je ne vais pas faire une leçon mais je vous invite à vous documenter sur les particularités des camps de manière générale.

Certains blocks sont totalement ou presque d’origine, d’autres ont été en partie reconstruits pour des questions de sécurité (toitures par exemple). Alors qu’ils abritaient jadis des détenus, un semblant d’hôpital, des réserves de vivres et de biens, des cellules d’emprisonnement aux conditions inimaginables (tenir debout à 4 dans une cellule durant une semaine à la limite de l’asphyxie) ils abritent aujourd’hui des expositions. Tantôt sur la résistance depuis la France jusqu’à la Pologne, tantôt sur les journaux clandestins et officiels, d’autres fois encore sur des actes de bravoure d’individus (trop vite) oubliés…

Mais surtout, ils gardent entre leurs épais murs bétonnés des objets, et des photos, beaucoup de photos. Des photos des détenus, de la construction du camp, des sélections, des différents blocs, des vues aériennes… des photos qui ne s’oublient pas.

Je préfère vous prévenir, à partir d'ici, certaines des photos qui suivent peuvent réellement heurter votre sensibilité.

Par respect pour les victimes je n’ai pas photographié les tonnes de cheveux, jadis tous colorés mais aujourd’hui formant une immense masse sombre, noire, en décomposition continue. Mais j'ai pris les visages, des centaines de visages, tous, à la fois pareils et différents. Des visages graves d’hommes, de femmes, d’enfants.

Et c’est avec une profonde humilité que je me suis permis une photo des milliers de chaussures, entassées derrière les vitres, là, objets morts, secs, témoins du temps, de la vie passée. Il y a ces paires, presque neuves, à peines tachées, d’une élégance fine et discrète, et puis les autres, celles qu’on se passait de frères en frères, celles rafistolées cents fois par un cordonnier ou les mains bienveillantes d’une mère. Et puis, il y a les plus dures à regarder : celles qui ne dépassent pas les dix centimètres, ces petites pièces de cuir à peine tenues par une sangle en fer érodé.

Il y a aussi les centaines de boîtes vides de Zyklon B, ces cristaux de la mort.

Les valises, entassées par milliers, nommées à la hâte, vides elles aussi de toute forme de vie. Les lunettes, peignes, blaireaux, brosses à dents, les ustensiles de cuisine et en tous genres, les prothèses, atèles, jambes de bois, corsets et autres objets, intimes, personnels, uniques, mais témoignant à l’unisson d’une seule et unique chose : la vie.

Une fois sorti des blocs, je me rends face au mur des exécutions, où des centaines de personnes ont été fusillées. Je passe sur la place d’appel où des potences ont été reproduites et où des dizaines de prisonniers ont « servi d’exemple » quand une évasion ou une rébellion était tentée, ou même un simple vol de peau de pomme de terre.

 

Je prends ensuite une navette pour le complexe de Birkenau. Arrivé devant cette porte de briques rouges, vue symbole du camp d’extermination de Birkenau, l’immensité du camp me laisse sans voix. J’y pénètre sous le soleil, et une fois à l’intérieur, encerclé de barbelé, de poteaux de béton, je longe les rails, cette fameuse Judenrampe jusqu’au wagon à bestiaux, repeint aux couleurs de l’époque.

Ici, à Auschwitz II Birkenau, je suis dans un camp d’extermination, un camp prévu pour tuer de façon industrielle, administrative, de façon méthodique, avec une rigueur froide et réfléchie. Ici, où je marche, à cet endroit même, avaient lieux les sélections, ici, en un coup d’œil et de doigt, les familles étaient décimées, déchirées, anéanties.

De là je longe le camp sur le chemin, par le même chemin toujours, qui mène aux crématoires. Face aux crématoires, un monument a été érigée : une plaque commémorative, déclinée en 22 langues (les 22 langues des juifs d’Europe déportés à Auschwitz).

Crématoires dont ne restent que des ruines, des débris massifs, entassés, dynamités. Autour de moi, sous mes pieds, des cendres, des charniers, des milliers de cadavres. Ici, il y a quelques décennies, c’était l’enfer, le lieu de toutes les horreurs que l’homme ait été capable d’orchestrer. Comment l’imaginer aujourd’hui, au milieu de cette campagne paisible et tranquille, au milieu des vieux bouleaux remués par le vent, sur ces prairies verdoyantes, comment se dire qu’ici, on arrachait les dents aux cadavres, on tondait les femmes, on brulait les enfants par 3 ou 4, comment ?

Pourtant c’est bien ici, devant mes yeux, je vois la salle souterraine où se retrouvaient nus des centaines de personnes, je vois les décombres de celle où elles agonisaient durant de longues minutes au milieu des hurlements, des excréments, des vomissures, et celle de laquelle n’en ressortait qu’une fumée noire et entêtante. Ici, au milieu d’une campagne comme je les connais et les aime, je veux me dire que tout cela n’est qu’une sombre fiction, mais la réalité est tout autre.

Il ne reste que quelques bâtiments d’origine, dont un qu’il est encore possible de visiter, les autres sont étayés, fermés aux visiteurs ou réhabilités. De tous les autres (en bois) ne subsistent que les fondations de pierres et les cheminées de briques rouges qui semblent défier le temps en qualité de témoins. La baraque dans laquelle il est possible d’entrer n’est autre qu’un « dortoir », ses châlits précaires et sa froideur macabre.

Au sol, sous le premier niveau de planches, ce sont les plus faibles, ceux qui ne tiennent plus debout et n’ont pas la force de lever une jambe. Sur le premier niveau, ceux qui ont un peu plus de volonté ou d’énergie, et en haut, les plus robustes. Les meilleures places sont bien entendues celles du haut : la chaleur monte en hiver, et, surtout, comme la dysenterie faisait rage, elles étaient un lieu sûr pour ne pas être recouvert des excréments de ceux qui ne pouvait plus se lever.

Ainsi se terminait ma visite du complexe d’Auschwitz-Birkenau. Je quittais le camp, ses barbelés, miradors, fondations des blocks, son horrible immensité, sa campagne calme et plate, ses âmes fantômes qui aujourd’hui encore continuent de déambuler entre les lignes, et qui ne sauront s’arrêter.

Comme le disent les plaques commémoratives, « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement. »

Quelques-unes de mes références 

La mort est mon métier
De Robert Merle

Si c’est un homme
De Primo Levi

Au coeur de l'enfer : Témoignage d'un Sonderkommando d'Auschwitz, 1944
De Zalmen Gradowski

Je me suis évadé d'Auschwitz
De Rudolf Vbra

Sonderkommando : Dans l'enfer des chambres à gaz
De Shlomo Venezia

Auschwitz : Les nazis et la Solution finale 
De Laurence Rees

Des voix sous la cendre : Manuscrits des Sonderkommandos d'Auschwitz-Birkenau

Cracovie : les couleurs du patrimoine

Venu en Pologne pour visiter les camps d’Auschwitz-Birkenau (article en préparation !), mes premiers pas à l’heure polonaise sont bercés par cette capitale culturelle et colorée. C’est par Cracovie (prononcée « Kracouffe ») que je découvre la Pologne : l’image des rases campagnes plates et tristes n’est ici présente qu’au travers des esprits « touristes ». Ici c’est haut, c’est beau, c’est coloré. J’arrive un dimanche et ai la chance de profiter d’un marché artisanal : savoir-faire et gastronomie sont au rendez-vous.
Je n’aurai malheureusement qu’un (trop) petit créneau pour visiter les rues, mais voici un petit aperçu de ces quelques heures au cœur de la vieille ville.

La majestueuse basilique Sainte-Marie sur la place du marché

De loin une des plus belles places où j’ai eu la chance de poser les pieds, d’autant plus qu’elle est considérée comme la plus grande place médiévale d’Europe ! Pour une cinquantaine de zlotys, il est possible de s’offrir un tour de la vieille ville en calèche, tiré par des chevaux aussi robustes qu’élégants.

La cathédrale du Wawel

Impressionnant complexe gothique qui domine la ville, un must-see ! Elle est un sanctuaire où des polonais d’exception sont enterrés : et ça se ressent par la grandeur et la beauté des courbes.

L'église Saints-Pierre-et-Paul

Je l’ai rapidement visitée sur un fond de chorale religieuse : ambiance garantie ! Elle fait partie des églises qui vous rappellent à quel point l'influence religieuse était, jadis, bien plus importante qu'aujourd'hui dans les cœurs et les esprits.

Ascension du volcan Santa Maria

Depuis le shuttle qui nous amène au pied du volcan sur un chemin défoncé et poussiéreux, nous échangeons avec nos trois compagnons de rando pour les 24 prochaines heures : Saoul, notre guide ; Bernebe et Allonzo, deux gaillards de la police touristique (et ici, ceux-ci ne rigolent pas !). Par mesure de précaution, nous avons dû demander un accompagnement armé pour gravir ce volcan qui, bien que mythique, peut être mal fréquenté : quelques incidents ont été reportés au cours des dernières années.

Une fois les litres d’eau répartis (4 par personne) et le repas du midi dans nos sacs, nous prenons le sentier, non sans appréhension, au milieu des champs secs. Nous faisons une première pause à l’ombre des grands arbres, au milieu d’une prairie escarpée, puis gagnons rapidement la fraîcheur de la forêt : il n’est que 10 heures mais déjà le soleil nous aplatit plus que le poids de nos sacs. Nous croisons les premières personnes sur le volcan : quelques paysans locaux dont les mules, chargées à mourir, semblent s’étaler à chaque pas. Avec un sourire chaud et sincère, ils nous saluent, puis nous en croisons d’autres quelques minutes plus tard.

Après presque 3 heures de marche nous profitons d’un replat pour manger nos sandwichs et quelques barres de céréales, puis c’est reparti. Allonzo, le plus jeune des deux policiers semble avoir quelques difficultés à suivre le rythme, mais le plus ancien, Bernebe, lui semble être un grimpeur aguerri. Saoul est bavard et nous avons maintenant presque oublié toute possibilité d’une attaque à la machette : des dizaines de locaux montent et descendent sur le sentier, tous très souriants, polis, venus parfois en sandales ou chaussures de ville.

Il nous faudra 5 heures d’ascension pour arriver au sommet du géant, 5 heures de montée non-stop, mais quand enfin nous arrivons sur le replat sommital, un grand sentiment de satisfaction, de fierté et de soulagement nous envahit. Nous nous félicitons tous mutuellement et profitons du soleil, de cette vue panoramique sur l’horizon ennuagé et ensoleillé à 3 772 m d’altitude.

Il n’est que 16 heures et après avoir monté notre camp, nous flânons au soleil, allongés sur les petites places herbeuses, à espérer voir s’envoler ces masses nuageuses qui masquent celui que nous sommes venus voir : le volcan Santaguito. Il est en réalité une partie affaissée du Santa Maria : lors d’une éruption il y a plus de 100 ans (une des plus importantes, projetant des cendres à plus de 30 km d’altitude (!!) et tuant des milliers de personnes), un ensemble de cônes volcanique se forma en contre bas, donnant naissance à un endroit unique au monde : une chaîne de volcans actifs, à raison de plusieurs explosions chaque jour.

Au sommet, beaucoup de croyants viennent pour prier, faire des offrandes, écrire des noms, des dates sur les rochers. Détail choc : aucun ne semble faire attention aux dizaines de déchets qu’ils laissent, ainsi le sommet du volcan est couvert de débris plastiques, papiers…. Au-delà de l’aspect désolant, nous trouvons paradoxale qu’un tel lieu soit synonyme de non-respect de l’environnement.

Les nuages semblent persister et commencent même à engloutir les alentours, le soleil tombe rapidement et bientôt, le vent se fait beaucoup plus frais. Nous allumons un feu et Saoul nous prépare un délicieux repas (pâtes / tomates / parmesan), la nuit est tombée à une vitesse folle, le vent s’intensifie et s’enfile partout. Ainsi il n’est que 19h30 quand nous gagnons notre toile fouettée, une longue nuit s’annonce et nous n’avons toujours pas vu le Santiaguito.

Le froid nous gagne, les maux de tête aussi, et pour couronner le tout, nous nous apercevons qu’un de nos matelas est crevé. Au bout d’une heure, l’humidité ruisselante de la tente vient s’écraser sur nos visages (il n’y a que ça qui dépasse des sacs de couchage) tant le vent agite notre abris de fortune : nous pensons « on est quand même bien, chez nous… ».
Le reste de la nuit est un vrai calvaire : les maux de têtes se sont renforcés, l’implacable vent semble toujours vouloir se déchaîner sur nous, deux chiens errants se battent à quelques mètres des tentes… impossible de trouver une quelconque forme de somnolence au milieu de tout cela : il faut juste « prendre son mal en patience ».

Enfin le vent se calme, il est 4h30 et nous découvrons un magnifique ciel étoilé, l’intérieur de la toile de tente est gelé ! Dehors le sol est couvert de cristaux blancs, mais ça fait un bien fou de se lever et de marcher.

L’air est mordant, nous nous approchons de la crête pour découvrir, enfin, le volcan Santiaguito. Mystérieux, encore dans la pénombre nocturne, il entame une longue séance de dégazage, puis une (petite) explosion retentie. Elle ne ressemble en rien à celles de son grand Frère El Fuego, mais tout de même : nous apercevons la lave et crions de joie comme des enfants, ainsi la nuit passée est déjà oubliée.

Le froid nous tient encore avidement, il nous tarde de voir se lever le soleil qui déjà, éclaire l’horizon lointain d’une lumière jaune orange. Nous ne verrons pas d’autres d’explosions du Santiaguito, mais à mesure que le soleil chasse les étoiles, il dessine l’ombre du Santa Maria devant nous : un spectacle unique, lui aussi. 

Puis il glisse sur le Santiaguito, nous dévoile complètement son visage, et la fumée blanche qu’il crache inlassablement.

Saoul nous fait signe de remonter : il est l’heure de lever le camp, et déjà les premiers croyants arrivent pour prier. Certains sont arrivés dans la nuit glaciale et dorment encore à même le sol, enroulés dans une couverture. D’autres, vêtus d’un simple linge traditionnel, posent leurs genoux sur le sol encore gelé à l’ombre des roches, et lèvent les bras vers le ciel en pleurant quelques douloureuses paroles, la gorge nouée et les yeux vides d’espoir.

Ici, en haut du volcan Santa Maria, nous ne venons pas chercher la même chose. Mais pour eux, comme pour nous, vivre un lever de soleil ici, c’est avoir la chance d’observer la force, divine ou naturelle, de ce que nous offre cet extraordinaire pays.

Deux jours au Grand Bo’

5 heures de voiture et quelques balistos pour arriver jusqu’au charmant village de montagne du Grand-Bornand (1 000m, « Le Grand Bo’ pour les intimes ;)). Facile d’accès (mais nous y sommes allés hors-période), nous avons rejoint le centre du village par une suite de lacets nichés au pied des montagnes : c’est beau, ça tourne, ça monte au milieu de l’eau, des arbres, des géants de roche. Vous l’aurez compris : on adore ça !

Nous sommes le 29 avril, c’est la Journée Nationale de la Déportation. Nous prenons place sur la terrasse d’un restaurant, sirotons une petite bière devant le discours honorifique du maire du village, puis une fanfare nous joue la Marseillaise sur fond de sommets enneigés.

Après une « assiette Rebloch’ », nous voilà en route jusqu’au parking de la station (1 300m). Une fois là-haut, c’est un autre panorama que nous offre la chaîne des Aravis : quel spectacle ! Le ciel s’ennuage, mais les rayons d’un soleil printanier sont vifs et parviennent tout de même à faire reluire les cimes.

La neige, d’une blancheur presque aveuglante, semble étouffer le chant des sommets, cacher partiellement leur beauté, leurs secrets, sous son épais manteau. Un vent tiède balaie les sapins, un coup de crème solaire, et c’est parti ! Nous rencontrons les premiers névés au bout de quelques minutes de marche seulement, mais n’avons aucun mal à les contourner pour rejoindre le sentier.

Une heure et quelques bains de pieds plus tard, nous devons nous l’avouer : sans matériel, il est difficile d’aller au-delà des 1 600m, les couches de neiges sont encore trop importantes et nous obligent à improviser un nouvel itinéraire.

Ainsi nous marchons au travers des forêts et flans de montagne, là où le sol nous le permet. Nous prenons quelques sentiers sur une centaine de mètres, parfois moins, où des arbres, déchirés de leurs racines, s’étalent en travers ou demeurent suspendus aux branches d’un autre.

Cette petite parenthèse d’aventure se termine au bout de deux heures : nous avons bien profité de la vue, mais le ciel commence à se couvrir de masses nuageuses sombres et épaisses, il est temps de retrouver la voiture.

Une fois de retour au village, nous nous accordons une petite pause au bord du Borne (cours d’eau qui serpente dans la vallée et les villages environnants). Une balade agréable à faire en longeant la lisière, d’un côté comme de l’autre, et l’occasion de découvrir un mélange d’art et de culture autour de notre amie la vache !

Puis c’était l’heure du goûter 🙂 ! Je vous conseille la croix de Savoie (crème pâtissière / pralines) ou la paillette aux myrtilles…
Notre balade s’est poursuivie dans les jolies petites rues, la visite de quelques magasins de spécialités locales, et enfin, avons profité d’un coucher de soleil (masqué par les nuages, certes) autour d’une bonne tartiflette sur la terrasse du restaurant « La pointe Percée ».

7h, lever de soleil sur la chaîne des Aravis : un vrai régal, un beau spectacle ! Les premières lumières sur les pointes, la poudreuse remuée par le vent, comme stagnant dans l’air frais des sommets, une brume matinale s’échappant des profondes forêts de hauts arbres… tout ce qu’on aime !

Il était déjà temps pour nous de quitter la montagne, la neige et les sommets pour retrouver la platitude de notre région natale ; heureusement, nous avons d’autres choses ;).

Au fait, nous avons goûté la croziflette : c’est génial !

Yaxha, la perle Maya

Le site Maya de Yaxha a été une formidable surprise : encore peu connu et beaucoup moins fréquenté par les touristes (mais pas par les moustiques !) que le grand Tikal, cette ancienne citée en bord de lac est encore bien enfouie dans la jungle, et c'est ce qui fait tout son charme.

Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par les singes hurleurs : un spectacle d’une intensité presque effrayante (heureusement qu’il faisait jour !). Ainsi je pose la main sur ma première pyramide Maya : l’endroit est exceptionnel et son côté préservé me laisse imaginer sans mal la vie qui s’y écoulait il y a plusieurs milliers d’années.

Le parc est assez grand mais la visite ne dure que 3 heures, non pas qu’il fasse nuit tôt mais plutôt par peur d’y laisser un touriste un peu trop aventureux. Les moustiques sont bien présents (et en nombre !) dans ce climat chaud-humide : le répulsif est de sortie ! Quelques touristes inconscients déambulent dans le parc en short / débardeur, bientôt leur peau se ponctuent de dizaines de boutons : il ne faut pas oublier qu’ici, le Paludisme se transmet rapidement.

Nous nous détachons du groupe et glissons sur le sol humide, nos nuques renversées vers les cimes des arbres et au bout desquelles se balancent des singes arrangés, où chantent les singes hurleurs : ces scènes sont incroyables, magiques, nous en oublions même le climat et les bourdonnements acides des mosquitos. (Rien qu’en écrivant l’article, ça me démange !)

Nous avons un peu (trop) pris notre temps dans le parc : le guide nous avait donné RDV à 17h en haut de la plus haute pyramide pour y contempler le coucher de soleil sur le lac et l’épaisse canopée, mais nous sommes encore à plusieurs centaines de mètres, au sommet d’un petite pyramide où les singes, moins farouches, se baladent sur les branches à seulement quelques mètres de nous !

10 minutes au pas de course et nous arrivons en bas des escaliers de la grande pyramide. En haut, un autre moment d’émerveillement nous attendait. Quand nous sommes arrivés, une vingtaine de personne, peut-être plus, était assise sur les bords bétonnés.
Nous prenons place discrètement pour ne pas ébranler ce fragile silence : l’ambiance est merveilleuse, presque irréelle. Personne ne parle, tout le monde contemple l’horizon cuivré, les singes hurleurs chantent la chute du soleil, la canopée, resplendissante, océan de verdure, s’assombri peu à peu.

Le lac au loin reflète chacun des derniers rayons du soleil, un vent tiède et apprécié s’étale sur nous, il n’y a plus de moustique, mais seulement le bruit de la jungle qui se réveille. Les lumières sont d’une incroyable pureté, le soleil rasant s’étale sur la roche des pyramides orangées, et projette leurs ombres sur les arbres fourmillants d’oiseaux aux chants divins. C’est un grand moment, un très grand moment de bonheur, d’une détente profonde et contemplative, de reconnaissance.

La ville-musée d’Antigua

Antigua est une ville (très) touristique mais que nous découvrons en semaine, ainsi les rues sont un peu moins peuplées que les week-end. Outre la quantité de touristes de toutes les nationalités, il y a également beaucoup de locaux qui y viennent le temps de quelques jours : ici la vie est (plus) sûre que dans d'autres villes comme celle de Guatemala City. Voici quelques photos prises lors de la découverte des rues colorées et pavées de cette ville d'exception. 

La place centrale (plaza central)

Cireurs de chaussures, banques, restaurants, épiceries, salons de coiffure, marchands de glaces, vendeurs en toutes sortes nous accostant des dizaines de fois, la place centrale est comme son nom l'indique le carrefour de la ville. Ne manquez pas la vue depuis les bâtiments administratifs où il est possible de s’asseoir pour admirer le volcan Agua et la cathédrale.

L'arche de Santa Catalina (Arco de Santa Catalina)

Construite au xviie siècle, elle reliait à l'origine le couvent de Santa Catalina à une école, permettant aux religieuses cloîtrées de passer d'un bâtiment à l'autre sans avoir à sortir dans la rue. Il est toujours possible de traverser l'arche pour une somme assez coquette (nous ne l'avons pas fait ;)).

Marché artisanal

Beaucoup de linge en tous genre et d'une qualité de fabrication (a la mano) remarquable, beaucoup de couleurs et d'objets, bijoux,... Ici il est de coutume de négocier chaque petite chose, parfois les prix annoncés au départ sont doublés, triplés, voire plus... mais toujours avec respect et politesse. 

Au fil des rues.

Des scènes de la vie quotidienne : une sortie d'école, des cireurs de chaussures (des gamins, une dizaine d'années tout au plus), un repas en famille, un livreur de produits frais, un policier de patrouille...

Le majestueux lac Atitlan

C'est le plus profond lac d'Amérique centrale (environ 350m), et pour certains, le plus beau lac du monde. Face aux 3 volcans qui le bordent, il occupe ennuyeusement sa caldeira depuis plus de 80 000 ans. Nous avons rejoint les rives du lac Atitlan par la jolie petite ville (et assez touristique) de Panarachel. Après un périlleux voyage de plusieurs heures, nous arrivons pile poil pour un joli petit coucher de soleil.

Il est possible de faire mal pas d'activité sur et autour du lac (kayak, paddle, pêche, ascension des volcans environnants, randos, tour du lac (mais réputé dangereux !)...).
En ce qui nous concerne, nous avons traversé ces kilomètres pour aller sur une autre rive, plus particulièrement à San Pedro pour une petite balade à cheval au bord du lac : fabuleux ! Les petites embarcations sont appelées des lanchas et vous permettent de traverser le lac dans tous les sens pour quelques euros.

À savoir : il existe un vent assez puissant appelé Xocomil qui peut subitement se lever en pleine journée : dans ce cas, toutes les traversées sont stoppées car il peut soulever d'importantes vagues. C'est peut-être pour cette raison que toutes les lanchas sont équipées de gilets de sauvetage ;). 

Ascension du volcan Acatenengo

Après une bonne nuit de sommeil à presque 3 500m (au moins 30 minutes), nos cuisses molles et engourdies reprennent du service ! Dès les premiers mètres je sais que la montée va être la plus dure de toutes, j’ai le souffle court et des maux de têtes, les jambes raides et courbaturées, pour couronner le tout ma frontale rend l’âme au bout de quelques minutes. Je dois faire des pauses presque toutes les 5 minutes, et au bout d’une pénible demi-heure le chemin se fait plus plat sur quelques centaines de mètres, avant de remonter de nouveau, et quelle remontée !
Arrivés sur le flan, en bas de la dernière ligne droite, le vent se lève et nous retrouvons non sans peine cette terre volcanique molle et dans laquelle on s’enfonce à chaque pas : ces quelques dernières centaines de mètres s’annoncent longues, très longues. Déjà derrière nous le soleil projette ses premières lumières au loin, je profite de ce spectacle pour reprendre un peu d’énergie ; après vingt minutes nous sommes presque au sommet, je suis à bout de force et dois terminer l’ascension à quatre pattes : le vent est si violent que je ne peux plus lui faire face. 

Enfin, nous voilà arrivés à quelques 3 976 mètres, il doit faire entre -2°C et -4°C, mais le ressenti avec cet incroyable vent avoisine plutôt les -20°C ! Nous ne sommes pas seuls sur le volcan à être venus admirer ce splendide spectacle. On s’enlace, se donne de grandes tapes sur les omoplates, quelle joie, quelle satisfaction d’y être arrivé ! Je m’avance un peu sur la crête pour aller toucher la borne sommitale mais ne m’y éternise pas : mes doigts sont frigorifiés, je ne les sens plus, je les laisse d’ailleurs appuyés sur le déclencheur de l’appareil photo pendant quelques secondes pour être certain d’avoir quelques clichés (le bruit du vent masquait largement le bruit du déclencheur de l’appareil).

Je redescends quelques secondes dans le creux où le vent y est beaucoup moins important pour me réchauffer avant de retourner sur la crête pour cette fois prendre les clichés qui vont rester parmi mes plus beaux souvenirs. À peine avais-je passé la borne que le Fuego, en contre bas, entrait en éruption. Le soleil apparaissait seulement au loin, je m’avançais au plus près du bord pour me glisser entre deux énormes rochers m’abritant un peu.

Je m’y assis, et, exténué, fondais en larme devant le spectacle. Je pleurais car jamais de ma vie je n’avais vu quelque chose d’aussi beau, d’aussi puissant, je pleurais de joie, de satisfaction. Il n’y a peut-être tout simplement pas de mot pour décrire cette scène, elle restera comme un des moments les plus intenses de ma vie, jamais je n’avais ressenti autant de chose à la fois. J’étais à bout de force, de vifs maux de tête me comprimaient les tempes, j’étais gelé de la tête aux pieds, mon vendre vide nouait mes tripes, l’effort avait tendu mes nerfs. Mais à côté de ça, j’observais une force de la nature sous un de ses plus beaux jours, la fumée s’envolait paresseusement, dessinant dans ce ciel pure, d’immenses nuages en forme de champignons.

Et comme si ça ne suffisait pas, le soleil venait déposer de grand pans de lumières sur le volcan, sur les nuages bouillonnants, sur le cône qui crachait toujours et ce pendant presque 10 minutes, chose qui n’arrive que très rarement. C’était un moment magique, irréel, un moment que je peux difficilement mieux expliquer, tant son intensité, sa grandeur, sa beauté m’avaient paralysé. Plus que jamais, je me sentais minuscule, insignifiant, une petite poussière sur terre, un rien ; mais en même temps, tellement privilégié, reconnaissant, si comblé que rien d’autre ne pouvait occuper mes pensées. Si ému que j’en pleurais de grosses larmes que j’aurais voulu partager avec des êtres chers, mais absents.

Et puis, quand il eût fini de nous émerveiller, j’avais mes photos, j’avais ce pourquoi j’étais venu et bien plus encore, comme si tous les efforts que nous avions du faire pour arriver jusqu’ici avaient été appréciés et récompensés. En descendant, le vent nous quittait, les maux de tête aussi, ces scènes m’avaient à nouveau donné une énergie insoupçonnée. Et comme quelques heures auparavant, nous rentrions au camp avec des souvenirs inoubliables, des photos qui firent encore le tour du camp, des regards envieux, et une espèce de bouillie de céréales fondues dans de l’eau chaude gentiment préparée par les guides.

Une demi-heure plus tard l’heure du retour avait sonné, on refaisait nos sacs (plus légers !), prenait quelques dernières photos : 3h30 de descente en prévision. Une belle journée s’annonçait, il n’était que 8h mais déjà le soleil frappait nos nuques enduites de crème solaire. Au détour du chemin qui longeait le flan de l’Acatenengo, on se retournait une dernière fois pour voir le Fuego, resplendissant, comme posé au milieu de nulle part, il semblait si calme, endormi. Ainsi nous rejoignions la forêt, sa fraîcheur humide et sa terre grasse, nos jambes étaient à nouveau mises à rudes épreuves, à certains endroits le sol était très glissant et le dénivelé, important. Au bout de 2 heures nous étions de retour au péage, il y faisait cette fois bien plus beau que 24 heures auparavant, mais le soleil ne perçait tout de même pas le feuillage dense au-dessus de nous.

Une fois le groupe réuni, on entamait la dernière descente, plus plaisante celle-ci : en faisant de grands pas, on se jetait et s’enfonçait dans la terre molle qui nous portait des fois sur plusieurs mètres, la progression était bien plus rapide et amusante. Nous croisons les premiers groupes montant aux camps, certains nous regardent, déjà à bout de souffle, les yeux plein de questions, alors nous leur lançons malicieusement des « good luck ». Au détour du dernier bout de chemin, nous donnons Q100 à Nelson, notre guide, pour le remercier de nous avoir emmené sur la crête du Fuego et au sommet de l’Acatenengo. Nous retrouvons vers 11h les cabanons branlants, l’aventure du volcan El Fuego est terminée (enfin, pas tant que ça…). Les narines et les yeux remplis de poussière, l’odeur du feu incrustée dans nos vêtements, collée à nos peaux noircies, nous profitons de ces derniers instants en bas du volcan parmi les premiers du groupe, discutons avec les locaux, guides et autres touristes, buvons ce qu’il reste de rhum dans la flasque. Le reste du groupe arrive progressivement sur les quelques dizaines de minutes suivantes, et une petite heure après nous sommes à nouveau assis dans les shuttles, retour vers Antigua pour une bonne douche bien méritée.

Ascension du volcan El Fuego #1

Le réveil sonne mais ne nous arrache pas au sommeil : dans les confortables lits de l’hôtel Carmen suites, Calle 9 d’Antigua, nous sommes éveillés par l’impatience, et, il faut le dire, la pointe d’appréhension qui se témoigne par le connu de tous caca de la peur. Après un safe copieux petit déjeuner (pancakes, fruits, sirop d’érable, même si je décide de faire l’impasse sur les fruits !), nous laissons nos affaires dans une chambre d’hôtel à l’odeur humide et rejoignons l’agence avec laquelle nous partons faire l’ascension de ce volcan mythique, Volcano El Fuego.

Une fois arrivés chez Wicho & Charlie’s, on nous propose un petit déjeuner ("heavy breakfast for hike !") pour prendre des forces avant la marche mais nos estomacs sont déjà bien remplis, alors nous attendons une grosse demi-heure les autres membres de ce groupe dont nous faisons partie pour les 30 prochaines heures, assis sur des canapés, entre routards et ce chien à l’apparence bâtarde mais d’une gentillesse presque inquiétante. On nous tend nos lunch box, constituées d’un sandwich pour le repas du midi, d’un petit Tupperware de pâtes déjà cuites pour celui du soir, de quelques gâteaux secs salés, de cacahuètes, une barre de céréales, une banane, quelques bonbons multicolores, et un brownie, mais quel brownie ! (si dense qu’il était un repas à lui seul).

Enfin, les toits de shuttles se recouvraient bientôt de dizaines de kilos de sacs à dos, et les moteurs vrombissaient sur les rues pavées d’Antigua (bon ok, pas autant que les chicken bus qui vomissent une fumée si épaisse et si noire qu’on pourrait se croire dans un clip de métal). Parqués sur les banquettes aux ressorts usés (vous avez dit amortisseurs ?), nous sommes bien contents d’avoir pu digérer (partiellement) notre petit déjeuner. Il fait un temps superbe, nous quittons Antigua sur les starting bloks, où nous dansons déjà depuis bientôt 1 heure, plus que jamais impatients, après s’être cognés sur le plafond, les vitres et les appuis-tête.
Nous traversons l’Antigua périphérique et bientôt la pauvreté se fait ressentir : le chauffeur prend des raccourcis où nous prions pour ne pas crever un pneu, les habitations sont délabrées, les chemins (oui, on ne peut pas appeler ça « route ») sont crades et ponctués d’énormes trous. Ah non, ce ne sont que des nids de caille, mais avec sa tonne de bagages et de passagers, la moindre secousse semble fendre le shuttle en deux. Sur un trottoir, un homme allongé, défroqué, est-il mort ? Ou a-t-il juste abusé de la Gallo ? (la bière locale, j’en ai quelques litres à mon actif). Les quelques habitants nous regardent passer avec habitude, un sourire quotidien bloqué aux commissures, mais peut-être pas autant que mes genoux qui massent le dos du pauvre mec devant moi. Une petite heure après notre départ nous arrivons aux cabanons de bord de route, d’où commence l’ascension.

Depuis les lacets des derniers kilomètres déjà nous apercevons l’Acatenengo et son sommet ennuagé : ici, l’air est frais et le vent bien plus présent qu’en ville : nous enfilons rapidement une couche supplémentaire au milieu des locaux qui nous proposent des walking stick (= bâtons de marche si tu lis ça, maman). Nous retrouvons nos sacs, nos trois guides se présentent : Viktor (un ancien), Nelson (un plus jeune, une 20aine d’année), et…. ?


C’est parti ! Et ça commence par une bonne grosse montée dans une terre sèche, poussiéreuse, et qui s’affaisse sous son propre poids : vous connaissez le moonwalk ? Après seulement une demi-heure de montée (bon, presque 1h pour certains), nous faisons la première pause sur un replat où il est possible d’acheter… un bon petit hamburger ! (Et il y a même de la Gallo !).
Nous croisons aussi les premiers aventuriers descendant du volcan : certains ont les yeux illuminés, d’autres semblent avoir vécu un vrai calvaire, mais tous ont le visage sale, mélange de sueur et de poussière. Nous continuons la progression au milieu des champs, saluons quelques paysans éreintés qui doivent en avoir marre de voir passer chez eux des centaines de touristes chaque jour, mais ils nous lancent quand même de grands gestes amicaux (truc improbable en France).

Nous arrivons bientôt à l’orée du bois, et qui dit forêt, dit humidité ! Nous avons déjà rattrapé les premiers nuages et faisons une seconde pause au pied d’un énorme arbre dans lequel on peut rentrer à trois ou quatre. Il arbore une vieille pancarte mais comme je parle aussi bien espagnol que mandarin, je me contente d’apprécier et de cultiver le mystère. Ca y est, nous sommes dans la jungle, l’air est bien plus frais mais le vent s’est calmé, l’humidité est partout, quelques chiens à trois pattes nous suivent, puis nous dépassent sans tirer la langue.

Peu après nous arrivons au péage : les volcans Acatenengo et El Fuego se trouvent dans un parc naturel dont l’entrée est payante (Q50 = environ 5,50€). À nouveau, nous faisons une pause car nous avons rattrapé le groupe d’avant nous, ainsi nous restons un bon vingt minutes, le temps de remplir le formulaire d’entrée du parc et de grignoter une barre de céréales. Quatre locaux s’affairent à construite des bancs, nous sommes dans les nuages ET dans la jungle : il ne pleut pas mais l’air est pesant, la végétation y est encore plus luxuriante et envahissante.

Durant la grosse heure qui suit, nous grimpons sur les chemins humides et collants, toujours happés par la brume qui s’épaissit à mesure que nous progressons.

Puis vers 12h30, c’est l’heure et l’endroit du morso, du lunch (du repas de midi, maman). Ici le vent chasse les nuages qui nous laissent entrevoir, le temps de quelques secondes, une crête, une meilleure vue sur ce qui nous attend, voire même sur le soleil ! Nous mangeons nos sandwichs, faisons sécher nos t-shirts, un membre du groupe arrive…. en cheval ! La montée était trop rude et nous l’apprenons à ce moment-là : il est possible de louer des chevaux, mais rien qu’à les voir, je préfère encore monter en chien tripode ! Les pauvres bêtes sont maigres à faire peur, et chargées comme des mules. Il est temps de repartir, il nous reste en gros, 1h30 jusqu’au campement, et à partir d’ici le chemin est flat comme nous l’indique Viktor de ses mains creuses et son sourire franc, le plus dur est derrière nous.

Quelques minutes seulement après, un invité de marque se joint à l’ascension : le soleil ! Nous longeons le flan de l’Acatenengo, nous offrant une belle vue sur les villes et villages en contre-bas, ainsi que sur le Volcan Agua.

Enfin, nous avons le Fuego en vue : il ne reste que quelques minutes avant d’arriver sur le camp. Une dernière montée dans la terre molle et granuleuse, puis nous arrivons au camp (le plus haut de tous), face à celui que nous sommes tous venus contempler. Un à un (ah ouais, sauf qu’ils sont 4 maintenant avec le propriétaire du cheval), les guides nous tapent dans la main pour nous féliciter de notre prestation. Il est environ 16 heure, nous prenons place dans une des quatre tentes 7 places : matelas de mousse et sac de couchage (qui mériteraient l’un comme l’autre un petit tour à la machine !), et ressortons profiter du soleil qui s’étale sur le Fuego et l’horizon avec une langueur poétique.

Une heure plus tard, alors que le ciel s’ennuage et que le soleil tombe, le reste du groupe monte jusqu’au sommet de l’Acatenengo, nous allons nous en direction du Fuego, accompagné de notre guide, et d’un allemand en quête d’aventure voulant nous accompagner : Niklas. Nous voilà à nouveau sur les sentiers poussiéreux, nous progressons rapidement car jusqu’à l’entre deux volcans il n’y a pas d’autre choix que de redescendre. Nous plongeons dans les nuages, et arrivons au bout d’une demi-heure sur un replat de quelques dizaines de mètres : nous sommes à cheval sur l’Acatenengo et le Fuego.

Le brouillard a englouti l’horizon depuis un moment et l’ambiance dans laquelle nous progressons rend l’aventure encore plus intense, authentique : au milieu de la brume, on devine les arbres morts, encore enracinés dans la cendre noire et volatile, de gros nids de plantes tenaces tapissent le sol tantôt creusé, tantôt bombé au milieu des rochers. Un vent tiède mais puissant siffle sur les branches effeuillées : l’endroit est exceptionnel. Nous attendons régulièrement Niklas qui ne semble ni équipé ni serein, ce qui lui vaudra le surnom de « Niklas la limace ».

C’est maintenant l’heure d’entamer la dernière ligne droite : la montée jusqu’à la crête. Ainsi nous faisons nos premiers pas sur le volcan mythique, avec l’espoir que le ciel se dégage une fois arrivés là-haut. Après 1h30 de montée rude mais boostée au cocktail naturel adrénaline / impatience, nous atteignons enfin le replat sommital du volcan. L’ambiance ici change considérablement, les choses bougent, s’animent devant nous, je me sens petit, si petit, insignifiant.

Nous marchons encore quelques dizaines de mètres sur la crête puis le guide nous arrête : nous ne pouvons aller plus loin, après, c’est trop dangereux. On se tape dans le dos, se serre les uns contre les autres, se félicite d’être arrivé jusqu’ici (ouais on a même pris des selfies !), je reste sans voix à analyser ce que je vois. Perdu dans les nuages balayés violemment par le vent qui s’est bien rafraîchi, je tente de comprendre les jeux de lumières presque surnaturelles et offrant des couleurs intenses, irréelles. Des bourrasques emportent avec elles des millions de particules, de cendres, formant des auréoles, des débuts de tornades sombres et fourmillantes. L’odeur aussi est curieuse : un fond de feu, de roche, de poussière. Nous sortons la flasque précédemment remplie d’un rhum local (8 ans d’âge s’il vous plait), en servons une première rasade que nous vidons en l’honneur de la patcha mama, mère nature, selon une croyance Maya : donner à la terre avant de prendre pour soi. Notre tour suit de très près et nous observons les horizons, le vent chasse quelques nuages et nous laisse le temps d’entrevoir le cône volcanique, un peu de la vallée, des flans, du ciel. 

Et comme pour nous remercier de ce don alcoolisé, le volcan se témoigne : d’abord nous pensons rêver, puis nous nous interrogeons brièvement : d’où vient ce grognement sourd et profond ? Du fond de nos pensées impatientes, ou de celui du volcan ?

Et puis, après une demi seconde de réflexion, nulle place au doute : c’est bien le crachat du Fuego, c’est bel et bien une éruption, mais de celle-ci nous n’en avons que le son : les nuages sont toujours présents, et en nombre. Le bruit sourd résonne encore dans nos têtes, mais soudain, les énormes masses moutonneuses se dissipent, créant une fenêtre de quelques secondes sur l’horizon, et nous assistons, subjugués, à une scène que jamais nous n’oublierons. D’émerveillement nous hurlons, levons les bras, cerclons nos mains sur nos têtes encagoulées, admirons le titanesque nuage de cendres glissant sur le ciel et jusqu’au-dessus de nous. Le créneau n’aura duré que quelques secondes, mais quel moment, quel spectacle, d’une intensité paralysante, qui monopolise tous nos sens.

Ce n’est d’ailleurs pas le cas de Nelson, le guide, et Niklas, qui avaient déjà rebroussé chemin de quelques dizaines de mètres, tandis que nous restions, plantés comme les arbres morts que nous croisions, spectateurs privilégiés, n’en croyant pas nos yeux, nos oreilles. À peine remis de cet instant, une seconde éruption, plus impressionnante encore, éclata dans les nuages. Comme par magie, le même scénario se déroulait : les nuages s’en allèrent quelques secondes où, toujours hurlants comme des gosses, nous dévorions cet instant unique, submergés par les sentiments, envoûtés, peut-être même à la limite de l’inconscience me dis-je, voyant le guide s’éloigner en courant et Niklas se coucher face contre terre. Comme sorti d’un rêve, les « come on guys ! » insistants du guide au loin, se confondant avec ceux de Niklas nous rappelaient à l’ordre : il était déjà l’heure du retour au camp.

Les jambes molles, la tête renversée, nous rebroussons chemin et nous arrêtons une centaine de mètres plus loin pour enfiler nos lampes frontales : l’obscurité gagne rapidement les environs, le retour s’annonce long et pénible, mais à ce moment, nous n’y pensons pas, nous sommes encore happés par ces scènes, ces visions, comme si autour de nous, le temps s’était arrêté, que plus rien n’avait d’importance, que personne d’autre ne pouvait comprendre ce que nous venions de vivre. Pour Niklas, nous sommes devenus, depuis ce moment, les « Fuego warriors » comme il prend plaisir à nous appeler. La descente fût assez pénible et technique, les conditions s’étaient dégradées et étaient presque apocalyptiques : encore plus de vent, une espèce de pluie fine qui se glissait partout, nous fouettait, une nuit vaste et vide, profonde, noire, avalée par les immenses couches nuageuses.
Nous retrouvons le replat d’entre deux volcans au bout d’une petite heure, mangeons un bout, ôtons une couche (ici il y a moins de vent et il y fait plus chaud). Il ne nous restait que la dernière partie, la plus dure : la remontée au camp de base. L’adrénaline s’était transformée en une excitation pleine d’énergie, je retournais toutes ces images en boucle dans ma tête : mes jambes me disaient de m’arrêter, mais ma tête s’y refusait. Quand enfin nous sommes arrivés au camp, certains étaient déjà couchés, d’autres flânaient autour du feu au rythme des notes de guitare. Ceux qui étaient montés au sommet de l’Acatenengo n’y avaient trouvé qu’un vent terrible et des nuages, certainement plus que nous (le sommet culmine à presque 4 000m). Mais nous, nous rentrions avec d'autres choses, et quels souvenirs, nous étions fiers et satisfaits de pouvoir leur dire, leur montrer les photos et vidéos, ils nous jalousaient : l’arrivée n’en était que plus plaisante.

L’appareil photo passait dans toutes les mains, on nous offrait du cacao où baignaient deux chamalows, on nous demandait nos Tupperwares de pâtes pour les réchauffer et les agrémenter de sauce, nous proposait du vin rouge (dans des briques en carton !) et ainsi, on prenait place autour du feu pour raconter, la bouche pleine de pâtes, ce que nous avions vu. Les conditions ne s’étaient pas améliorées, il tombait toujours une brume humide, Niklas empoignait la guitare et jouait quelques morceaux connus, autour du feu, les gens chantaient. Deux heures après notre retour, et ne voyant toujours pas l’ombre d’une éruption au travers du rideau nuageux, nous sommes allés nous coucher dans la tente humide et froide.

Nous étions prêts à gravir, quelques heures plus tard, le sommet de l'Acatenengo.

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