Kirghizistan : 10 jours de road trip, part. I

De Bishkek au Lac Son Kul.

Aux confins de l’Asie centrale, entre la Chine et l’Ouzbékistan, c’est ici que pendant dix jours, avec neuf gaillard(e)s, trois 4x4 et beaucoup d’émerveillement, j’allais découvrir un pays extraordinaire.

Arrivés dans la capitale de Bishkek où nous visitons le grand Bazar et y découvrons la gentillesse, la bienveillance et le sourire des populations locales, notre guide (Akay de son prénom, se prononçant « Akaille ») nous fait une rapide visite des lieux à découvrir dans la ville (moche et polluée, mais 1 million d’habitants tout de même, et des trottoirs beauuuuucoup plus propres qu’en France).

Nous gagnons les montagnes Kirghizes à bord de nos engins dès le lendemain : au loin déjà la neige couvre les sommets, les reliefs s’étendent sur des centaines de kilomètres, l’aventure commence, j’attendais ce moment avec une profonde impatience.

Nous rattrapons rapidement la neige et passons un col où le climat et les paysages changent radicalement : les camions sont bloqués et ne peuvent plus monter, le vent soulève la poudreuse avec une force fascinante, dessinant de grands mouvements sur le sol.

Nous nous engouffrons dans le deuxième plus grand tunnel du pays puis arrivons de l’autre côté des masses rocheuses enneigées. Nous sommes accueillis par un grand soleil et un vent plus doux, d’ici nous surplombons une vallée par laquelle nous allons gagner le cœur des montagnes.

Après avoir traversé plusieurs villages traditionnels où les rudes modes de vie semblent dater de plusieurs décennies, nous atterrissons à Kyzyl Oy, un village de la vallée de Thian Shan. Nous rencontrons nos premiers hôtes et flânons dans les rues terreuses, parquées là, aux pieds des montagnes dont les cimes blanchies par la neige se confondent aux nuages qui engloutissent le ciel.

Une demi-douzaine d’enfants joue autour d’un vieux ballon de foot crevé en criant, nous nous joignons à eux pour un moment de vie chaud et sincère qui restera parmi l’un des plus beaux souvenirs de ce voyage. Leurs parents s’ajoutent à nous un peu plus tard et bientôt, c’est un véritable jeu qui s’orchestre dans la rue : à qui gardera le ballon le plus longtemps. Les enfants sont vifs et rapides, ont la maîtrise du terrain et de la balle, ils jouent à domicile, et nous, les visiteurs, profitons de ce moment avec un respect contemplatif et bienveillant.

De retour chez nos hôtes, nous prenons (le premier d’une trèèèèès longue série) l’apéro tous ensemble, la maîtresse de maison apporte les plats, nous écoutons Akay nous parler du pays, des coutumes, des traditions, de l’itinéraire prévu. Après deux bouteilles de vodka, une bonne douche (tiède qui tend vers le froid), le contrecoup des trajets et beaucoup de rires, le sommeil nous rattrape sans mal.

Le lendemain matin, nous empruntons un chemin poussiéreux longeant un cours d’eau qui serpente inlassablement une vallée aux façades rougeâtres. Les lumières et le contraste des couleurs semblent presque irréels, nous croisons beaucoup de bétail, de chevaux sauvages et entravés, et même quelques locaux en voiture.

Après quelques heures et avoir retrouvé le goudron nous faisons halte en ville de Naryn, puis en profitons pour faire quelques courses (surtout de la vodka, des chips et des espèces de KitKat russes au goût curieusement dégueulasse ;)).

Direction le lac Son Kul avec l’espoir de trouver les nomades et leur yourtes pour passer une nuit au bord d’un lac dans une maison éphémère de feutre et de bois !

Nous quittons à nouveau le bitume pour la poussière et la terre, puis devons prendre un col très convoité par les camions chargés à ras-bord de charbon : deux grandes mines à ciel ouvert se situent à quelques 2400m d’altitude et permettent l’extraction de plusieurs tonnes par jour du précieux combustible. Nous ne faisons que passer devant les mineurs et leurs hébergements précaires témoignant d’un train de vie aussi modeste que difficile. Une fois encore, je relativise.

Arrivés au sommet du col nous avons une vue incroyable sur la vallée, l’horizon. Un panorama bien trop riche en reliefs et en couleurs pour que je puisse le comparer à quelque chose que j’avais déjà eu la chance de voir. Nous ne nous arrêtons que quelques instants car nous devons approcher le lac pour le pic-nic du midi alors que 13 heures viennent de passer.

Au loin se dessinent déjà les premiers reflets de son eau gêlée sur les rives, le soleil est pourtant étouffé par un ciel toilé de nuages filtrant la lumière mais le bleu de l’eau scintille et, surtout, nous espérons y apercevoir un camp de nomades.
Mais plus nous nous rapprochons du lac, et plus nos espoirs semblent se ternir. Nous finissons tout de même par faire une pause au bord de l’eau pour le pic-nic (poulet / crudités / fruits et… bière !), le vent est assez glaçant mais l’impression d’être seul au milieu de nul part n’a jamais été aussi bonne.

Nous reprenons les chemins en longeant le lac quand enfin nous apercevons quelques yourtes, quelle joie ! Nous arrivons à travers plaine à une centaine de mètres du petit camp, trois hommes se rapprochent de nous, Akay les salue et va leur parler. Mais le verdict fait redescendre notre excitation d’un coup : ils ne peuvent pas nous accueillir puisque toutes les yourtes sont déjà utilisées et qu’ils passent l’hiver ici pour surveiller le matériel entreposé.

Nous repartons donc déçus dans la ville de Naryn où nous étions ce matin, et même si nous avons roulé toute la journée pour revenir au même endroit, cette petite escapade nous aura fait découvrir de magnifiques endroits autour du lac Son Kul.

En quittant les montagnes, nous faisons deux rencontres brèves mais passionnantes avec deux nomades à cheval. Une vraie chance d’avoir pu échanger quelques regards, quelques signes et gestes avec eux, pour clore cette troisième journée au pays des montagnes célestes.

Pierre DEFONTAINE
Photographe nature & vie sauvage

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to top