Kirghizistan : 10 jours de road trip, part. II

De Tash-Rabat à Kochkor.

L’air sec et mordant annonce déjà, une bonne trentaine de km avant d’y arriver, la vaste et froide beauté de la vallée de Tash-Rabat. Sans doute ma partie préférée du voyage.

Avant d’emprunter le chemin qui nous y mènera, nous roulons sur une route goudronnée qui divise l’horizon d’une ligne droite et interminable. De chaque côté, les chevaux sauvages se prélassent, mangent et courent à travers les plaines balayées par le vent, les vautours dévorent le reste d’une carcasse à proximité d’un point d’eau où s’abreuve un troupeau de chevaux marqués par le fer de leur propriétaire.

Oh joie quand nous apprenons que les deux yourtes sont disponibles et nous accueillent ! Sadyrbek, notre hôte, un vieil homme authentique et d’une gentillesse digne du pays nous invite à y jeter un œil puis à entrer dans sa maison. La salle de bain ne sera malheureusement pas utilisable puisqu’il gèle 😉

Pendant qu’il prépare le repas avec sa femme, nous allons visiter une construction datant du XIIè siècle : le Caravan Saray. Akay, notre guide, va chercher le second et unique habitant de la vallée, qui plus est le gardien de l’édifice, pour nous y donner l’accès. La totalité du bâtiment a été construit avec la roche des falaises et montagnes qui le surplombent, en plein sur la route de la soie. D’ailleurs, à deux jours de marche d’ici, on arrive en Chine !

Quelques légers flocons flottent dans l’air, annonçant la température que le vent ne cesse de réduire. Nous rentrons chez Sadyrbek pour un bon repas chaud, et au menu : du mouton ! Ah, quelle surprise ! L’après-midi c’est free-time dans la vallée : chacun va marcher, profiter de la grandeur et de la sérénité qu’elle nous offre.

Je prends un peu de hauteur, jusqu’aux premières neiges, et croise le chemin d’un troupeau de yacks. J’aimerai que cette après-midi dure des jours et des jours, à marcher ici, au milieu de rien, pas un bruit, pas un sentier, juste les montagnes et le froid, à regarder les aigles et les vautours dessiner de grands cercles dans le ciel en se tolérant, à essayer de compter les moutons qui, même entravés, gravissent les pentes environnantes.

Quand vient le soir, Sadyrbek monte sur son cheval pour rapatrier ses troupeaux en criant quelques mots kirghizes qui sonnent plutôt comme des onomatopées.

Quelques minutes plus tard, les bêtes qui, pour certaines ont 3 pattes attachées sur 4, s’empressent de se regrouper autour de la mangeoire comme si elles avaient fait autre chose aujourd’hui que de brouter l’herbe séchée de la vallée. Comme quoi le froid, ça creuse !

Après un repas chaud et quelques vodkas, nous gagnons les yourtes alors qu’il commence à bien neiger. La nuit sera froide, plus froide pour certains que pour d’autres…

Mais quelle ambiance au réveil ! La neige a recouvert la vallée, depuis les hauts sommets jusqu’au sol des yourtes.
La lumière brille d’une pureté éclatante, et au milieu de tout ça, ne subsistent que les formes arrondies des yourtes et des montagnes au loin.

Les deux chevaux de Sadyrbek déblayent la neige à la recherche de quelque chose à brouter, le ciel se découvre et offre des nuances bleutées rappelant la froideur de l’air.

Ainsi nous quittons Tash-Rabat pour rejoindre la ville de Kochkor, retrouvons le bitume enneigé au bout d’une petite heure de route : tout est blanc autour de nous, et en profitons pour faire quelques clichés de ces incroyables vues.

À Kochkor, nous mangeons… une pizza ! Enfin autre chose que du mouton et du choux 😉 Après le repas nous avons le chance d’assister à la fabrication du feutre avec les méthodes ancestrales traditionnelles, une démonstration unique dans l’association des femmes travailleuses kirghizes.

En fin de journée, nous arrivons au village de Bokonbayevo pour y passer la nuit avant de continuer notre périple vers le Canyon de Skazka.

Kirghizistan : 10 jours de road trip, part. I

De Bishkek au Lac Son Kul.

Aux confins de l’Asie centrale, entre la Chine et l’Ouzbékistan, c’est ici que pendant dix jours, avec neuf gaillard(e)s, trois 4x4 et beaucoup d’émerveillement, j’allais découvrir un pays extraordinaire.

Arrivés dans la capitale de Bishkek où nous visitons le grand Bazar et y découvrons la gentillesse, la bienveillance et le sourire des populations locales, notre guide (Akay de son prénom, se prononçant « Akaille ») nous fait une rapide visite des lieux à découvrir dans la ville (moche et polluée, mais 1 million d’habitants tout de même, et des trottoirs beauuuuucoup plus propres qu’en France).

Nous gagnons les montagnes Kirghizes à bord de nos engins dès le lendemain : au loin déjà la neige couvre les sommets, les reliefs s’étendent sur des centaines de kilomètres, l’aventure commence, j’attendais ce moment avec une profonde impatience.

Nous rattrapons rapidement la neige et passons un col où le climat et les paysages changent radicalement : les camions sont bloqués et ne peuvent plus monter, le vent soulève la poudreuse avec une force fascinante, dessinant de grands mouvements sur le sol.

Nous nous engouffrons dans le deuxième plus grand tunnel du pays puis arrivons de l’autre côté des masses rocheuses enneigées. Nous sommes accueillis par un grand soleil et un vent plus doux, d’ici nous surplombons une vallée par laquelle nous allons gagner le cœur des montagnes.

Après avoir traversé plusieurs villages traditionnels où les rudes modes de vie semblent dater de plusieurs décennies, nous atterrissons à Kyzyl Oy, un village de la vallée de Thian Shan. Nous rencontrons nos premiers hôtes et flânons dans les rues terreuses, parquées là, aux pieds des montagnes dont les cimes blanchies par la neige se confondent aux nuages qui engloutissent le ciel.

Une demi-douzaine d’enfants joue autour d’un vieux ballon de foot crevé en criant, nous nous joignons à eux pour un moment de vie chaud et sincère qui restera parmi l’un des plus beaux souvenirs de ce voyage. Leurs parents s’ajoutent à nous un peu plus tard et bientôt, c’est un véritable jeu qui s’orchestre dans la rue : à qui gardera le ballon le plus longtemps. Les enfants sont vifs et rapides, ont la maîtrise du terrain et de la balle, ils jouent à domicile, et nous, les visiteurs, profitons de ce moment avec un respect contemplatif et bienveillant.

De retour chez nos hôtes, nous prenons (le premier d’une trèèèèès longue série) l’apéro tous ensemble, la maîtresse de maison apporte les plats, nous écoutons Akay nous parler du pays, des coutumes, des traditions, de l’itinéraire prévu. Après deux bouteilles de vodka, une bonne douche (tiède qui tend vers le froid), le contrecoup des trajets et beaucoup de rires, le sommeil nous rattrape sans mal.

Le lendemain matin, nous empruntons un chemin poussiéreux longeant un cours d’eau qui serpente inlassablement une vallée aux façades rougeâtres. Les lumières et le contraste des couleurs semblent presque irréels, nous croisons beaucoup de bétail, de chevaux sauvages et entravés, et même quelques locaux en voiture.

Après quelques heures et avoir retrouvé le goudron nous faisons halte en ville de Naryn, puis en profitons pour faire quelques courses (surtout de la vodka, des chips et des espèces de KitKat russes au goût curieusement dégueulasse ;)).

Direction le lac Son Kul avec l’espoir de trouver les nomades et leur yourtes pour passer une nuit au bord d’un lac dans une maison éphémère de feutre et de bois !

Nous quittons à nouveau le bitume pour la poussière et la terre, puis devons prendre un col très convoité par les camions chargés à ras-bord de charbon : deux grandes mines à ciel ouvert se situent à quelques 2400m d’altitude et permettent l’extraction de plusieurs tonnes par jour du précieux combustible. Nous ne faisons que passer devant les mineurs et leurs hébergements précaires témoignant d’un train de vie aussi modeste que difficile. Une fois encore, je relativise.

Arrivés au sommet du col nous avons une vue incroyable sur la vallée, l’horizon. Un panorama bien trop riche en reliefs et en couleurs pour que je puisse le comparer à quelque chose que j’avais déjà eu la chance de voir. Nous ne nous arrêtons que quelques instants car nous devons approcher le lac pour le pic-nic du midi alors que 13 heures viennent de passer.

Au loin se dessinent déjà les premiers reflets de son eau gêlée sur les rives, le soleil est pourtant étouffé par un ciel toilé de nuages filtrant la lumière mais le bleu de l’eau scintille et, surtout, nous espérons y apercevoir un camp de nomades.
Mais plus nous nous rapprochons du lac, et plus nos espoirs semblent se ternir. Nous finissons tout de même par faire une pause au bord de l’eau pour le pic-nic (poulet / crudités / fruits et… bière !), le vent est assez glaçant mais l’impression d’être seul au milieu de nul part n’a jamais été aussi bonne.

Nous reprenons les chemins en longeant le lac quand enfin nous apercevons quelques yourtes, quelle joie ! Nous arrivons à travers plaine à une centaine de mètres du petit camp, trois hommes se rapprochent de nous, Akay les salue et va leur parler. Mais le verdict fait redescendre notre excitation d’un coup : ils ne peuvent pas nous accueillir puisque toutes les yourtes sont déjà utilisées et qu’ils passent l’hiver ici pour surveiller le matériel entreposé.

Nous repartons donc déçus dans la ville de Naryn où nous étions ce matin, et même si nous avons roulé toute la journée pour revenir au même endroit, cette petite escapade nous aura fait découvrir de magnifiques endroits autour du lac Son Kul.

En quittant les montagnes, nous faisons deux rencontres brèves mais passionnantes avec deux nomades à cheval. Une vraie chance d’avoir pu échanger quelques regards, quelques signes et gestes avec eux, pour clore cette troisième journée au pays des montagnes célestes.

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