Ascension du volcan Santa Maria

Depuis le shuttle qui nous amène au pied du volcan sur un chemin défoncé et poussiéreux, nous échangeons avec nos trois compagnons de rando pour les 24 prochaines heures : Saoul, notre guide ; Bernebe et Allonzo, deux gaillards de la police touristique (et ici, ceux-ci ne rigolent pas !). Par mesure de précaution, nous avons dû demander un accompagnement armé pour gravir ce volcan qui, bien que mythique, peut être mal fréquenté : quelques incidents ont été reportés au cours des dernières années.

Une fois les litres d’eau répartis (4 par personne) et le repas du midi dans nos sacs, nous prenons le sentier, non sans appréhension, au milieu des champs secs. Nous faisons une première pause à l’ombre des grands arbres, au milieu d’une prairie escarpée, puis gagnons rapidement la fraîcheur de la forêt : il n’est que 10 heures mais déjà le soleil nous aplatit plus que le poids de nos sacs. Nous croisons les premières personnes sur le volcan : quelques paysans locaux dont les mules, chargées à mourir, semblent s’étaler à chaque pas. Avec un sourire chaud et sincère, ils nous saluent, puis nous en croisons d’autres quelques minutes plus tard.

Après presque 3 heures de marche nous profitons d’un replat pour manger nos sandwichs et quelques barres de céréales, puis c’est reparti. Allonzo, le plus jeune des deux policiers semble avoir quelques difficultés à suivre le rythme, mais le plus ancien, Bernebe, lui semble être un grimpeur aguerri. Saoul est bavard et nous avons maintenant presque oublié toute possibilité d’une attaque à la machette : des dizaines de locaux montent et descendent sur le sentier, tous très souriants, polis, venus parfois en sandales ou chaussures de ville.

Il nous faudra 5 heures d’ascension pour arriver au sommet du géant, 5 heures de montée non-stop, mais quand enfin nous arrivons sur le replat sommital, un grand sentiment de satisfaction, de fierté et de soulagement nous envahit. Nous nous félicitons tous mutuellement et profitons du soleil, de cette vue panoramique sur l’horizon ennuagé et ensoleillé à 3 772 m d’altitude.

Il n’est que 16 heures et après avoir monté notre camp, nous flânons au soleil, allongés sur les petites places herbeuses, à espérer voir s’envoler ces masses nuageuses qui masquent celui que nous sommes venus voir : le volcan Santaguito. Il est en réalité une partie affaissée du Santa Maria : lors d’une éruption il y a plus de 100 ans (une des plus importantes, projetant des cendres à plus de 30 km d’altitude (!!) et tuant des milliers de personnes), un ensemble de cônes volcanique se forma en contre bas, donnant naissance à un endroit unique au monde : une chaîne de volcans actifs, à raison de plusieurs explosions chaque jour.

Au sommet, beaucoup de croyants viennent pour prier, faire des offrandes, écrire des noms, des dates sur les rochers. Détail choc : aucun ne semble faire attention aux dizaines de déchets qu’ils laissent, ainsi le sommet du volcan est couvert de débris plastiques, papiers…. Au-delà de l’aspect désolant, nous trouvons paradoxale qu’un tel lieu soit synonyme de non-respect de l’environnement.

Les nuages semblent persister et commencent même à engloutir les alentours, le soleil tombe rapidement et bientôt, le vent se fait beaucoup plus frais. Nous allumons un feu et Saoul nous prépare un délicieux repas (pâtes / tomates / parmesan), la nuit est tombée à une vitesse folle, le vent s’intensifie et s’enfile partout. Ainsi il n’est que 19h30 quand nous gagnons notre toile fouettée, une longue nuit s’annonce et nous n’avons toujours pas vu le Santiaguito.

Le froid nous gagne, les maux de tête aussi, et pour couronner le tout, nous nous apercevons qu’un de nos matelas est crevé. Au bout d’une heure, l’humidité ruisselante de la tente vient s’écraser sur nos visages (il n’y a que ça qui dépasse des sacs de couchage) tant le vent agite notre abris de fortune : nous pensons « on est quand même bien, chez nous… ».
Le reste de la nuit est un vrai calvaire : les maux de têtes se sont renforcés, l’implacable vent semble toujours vouloir se déchaîner sur nous, deux chiens errants se battent à quelques mètres des tentes… impossible de trouver une quelconque forme de somnolence au milieu de tout cela : il faut juste « prendre son mal en patience ».

Enfin le vent se calme, il est 4h30 et nous découvrons un magnifique ciel étoilé, l’intérieur de la toile de tente est gelé ! Dehors le sol est couvert de cristaux blancs, mais ça fait un bien fou de se lever et de marcher.

L’air est mordant, nous nous approchons de la crête pour découvrir, enfin, le volcan Santiaguito. Mystérieux, encore dans la pénombre nocturne, il entame une longue séance de dégazage, puis une (petite) explosion retentie. Elle ne ressemble en rien à celles de son grand Frère El Fuego, mais tout de même : nous apercevons la lave et crions de joie comme des enfants, ainsi la nuit passée est déjà oubliée.

Le froid nous tient encore avidement, il nous tarde de voir se lever le soleil qui déjà, éclaire l’horizon lointain d’une lumière jaune orange. Nous ne verrons pas d’autres d’explosions du Santiaguito, mais à mesure que le soleil chasse les étoiles, il dessine l’ombre du Santa Maria devant nous : un spectacle unique, lui aussi. 

Puis il glisse sur le Santiaguito, nous dévoile complètement son visage, et la fumée blanche qu’il crache inlassablement.

Saoul nous fait signe de remonter : il est l’heure de lever le camp, et déjà les premiers croyants arrivent pour prier. Certains sont arrivés dans la nuit glaciale et dorment encore à même le sol, enroulés dans une couverture. D’autres, vêtus d’un simple linge traditionnel, posent leurs genoux sur le sol encore gelé à l’ombre des roches, et lèvent les bras vers le ciel en pleurant quelques douloureuses paroles, la gorge nouée et les yeux vides d’espoir.

Ici, en haut du volcan Santa Maria, nous ne venons pas chercher la même chose. Mais pour eux, comme pour nous, vivre un lever de soleil ici, c’est avoir la chance d’observer la force, divine ou naturelle, de ce que nous offre cet extraordinaire pays.

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